mardi, juin 22, 2010

Bernadotte et la ville de Pau. Par Jean-Marc Baradat

Bernadotte et la ville de Pau. Par Jean-Marc Baradat

Aux côtés d' Henry IV roi de France et de Navarre , Jean-Baptiste Bernadotte devenu Charles XIV Jean roi de Suède, est l' autre grande figure de notre cité.
Si le premier connu et reconnu par tous fait l' unanimité, le second, qui a pourtant connu un fabuleux destin auquel rien ne le prédisposait, est bien plus discret chez nous, ignoré même par une majorité de nos concitoyens.
Peut-être cette discrétion, cette indifférence, doit elle aux rapports particuliers que Bernadotte a entretenu avec la ville qui l' a vu naître .

Né rue Tran le 26 janvier 1763 Jean-Baptiste Bernadotte, cinquième enfant d' un modeste procureur, devient le 3 septembre 1780, après une enfance et une adolescence quelque peu turbulentes, soldat du Roi de France. Il est âgé de 17 ans.
Il quitte alors une petite ville de province, attiré par une vie plus aventureuse, plus excitante que celle à laquelle on le destine, devenir magistrat comme son père.
Après deux années de service, il a droit à son congé de "semestre" (6 mois), et revient
chez lui. Invoquant des ennuis de santé, il fait renouveler deux fois son congé et reste
donc un an et demi à Pau.
A l' époque Jean-Baptiste n' est semble t-il plus très motivé par sa carrière militaire.
Il finit par rejoindre tout de même son régiment; il semble qu' un duel au cours
duquel il blesse son adversaire, un certain Castaing, et la réaction de ses concitoyens qui villipendent ce "mauvais sujet" le contraignent à s' éloigner.
De retour dans l' armée il va connaître l' incroyable destinée qui en fera un Roi.

Cependant, plus jamais il ne revit le "beth ceu de Pau", le beau ciel de Pau.
On a prétendu que des rapports difficiles avec sa mère expliquaient ce fait; on a dit qu' il n' avait jamais eu le temps de revenir, trop pris par une carrière et des emplois éminents.
Pourtant ces explications ne sont guère satisfaisantes; si les relations avec sa mère
ne paraissent pas avoir été très chaleureuses, Jean-Baptiste néanmoins prit toujours
soin, dans les lettres qu' il adressât à son frère aîné, de prendre des nouvelles de leur mère et de la saluer. Il se préoccupa en effet toujours des siens. Son frère aîné Jean fut, grâce à lui, conservateur des Eaux et Forêts, membre de la Légion d' honneur, et enfin baron d' Empire. Un cousin Arnaud-Henri, plusieurs fois inquiété par la justice, et chaque fois tiré d' affaire par son prestigieux parent. Son ami d' enfance, Jean-Pierre Gré, pour lequel il intervint dans une lettre, le 30 novembre 1802, auprès du général Junot, et qui travailla à plusieurs reprises pour son ami devenu prince héritier de Suède. Louis Camps dont on a dit qu' il était son frère de lait, Mr Girod de l' Ain biographe de Bernadotte est d' un avis opposé, vint rejoindre Jean-Baptiste à Stockholm, mena
une vie agitée, fît de nombreuses dettes réglées par son illustre protecteur, devint général et baron suédois.

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Aussi "occupé" fût il, Bernadotte eut cependant durant sa vie plusieurs fois le temps et le loisir de revenir près des siens, par exemple au cours de l' été 1798, de l' hiver 1799-1800, ou durant les années1802-1804; il n' en fît rien. Pourquoi ?
La petite ville pouvait lui rappeler un passé obscur et difficile qu'il aurait voulu effacer. L' inimitié des habitants lui restait elle en mémoire ? La vérité est à mon humble avis toute simple.
Il avait beaucoup changé, il était loin le jeune cadet parti de Pau des années auparavant. Il avait connu grace à son talent, à ses remarquables qualités, aux opportunités offertes par des Temps extraordinaires, et à sa bonne étoile, une carrière étourdissante. Simple soldat, il était devenu général, avait été ambassadeur, ministre, maréchal, prince, et deviendrait Roi. Il avait été acteur lors d' évènements majeurs de l' Histoire, côtoyé les plus grandes figures de son époque !
Beethoven, Napoléon, Kléber, Talleyrand, Madame de Staël, Joséphine de Beauharnais,... des princes, des rois, des empereurs. Qu' avait il en commun avec les siens désormais ? Une page avait été tournée, des années auparavant, et il ne se sentait nulle obligation, nulle envie de revenir.

Pourtant, le souvenir de son "pays" restait. Ainsi, nous savons qu 'il passât commande auprès d' un ami d' enfance, le peintre Labbé dit Butay, de paysages béarnais.
Le Château de Pau possède deux vases de porphyre, cadeaux de Jean-Baptiste à la
cité royale.
Il désira acquérir la maison dans laquelle il avait vu le jour, afin d' en faire un hospice pour vétérans militaires, mais renonça devant les prétentions financières trop élevées du propriétaire.
Et détail amusant, le Roi de Suède maîtrisant si peu le suédois, le français était naturellement employé à la cour de Stockholm, le "must" étant de le parler avec l' accent gascon, comme le Roi.

Pau lui rendit bien, et lui rend toujours son attachement distant.
Déjà durant l' Empire, alors que prince suédois Bernadotte combattait Napoléon au sein d' une coalition européenne, dans sa propre ville il fut renié et déclaré traître. On "lança, selon la mode antique, des imprécations contre lui".
Ensuite, il fallut attendre des années avant que la ville de Pau n' accordât à son enfant la reconnaissance qu' il avait pour le moins bien mérité. Bien que dès1837 une rue porte son nom, et si la caserne de la place de Verdun se nomme "Caserne Bernadotte", il n' existe à Pau aucune statue le représentant, ce qui est tout de même assez fort, alors que le projet a été évoqué à plusieurs reprises.
Il est vrai qu' aux côtés d' un général Poeymirau ou d' un maréchal Bosquet, né dans Les Landes, qui ont eux leur statue à Pau, Jean-Baptiste Bernadotte fait bien pâle figure n' est ce pas ?
Pour ce qui est de notre musée, et quoique le docteur Philippe Tissier ait en 1928, lors d' un congrès tenu à Paris sur les méthodes de kinésithérapie suédoises de Ling, émis le souhait qu'un musée franco- suédois à la mémoire de Bernadotte soit installé à Pau, il faudra des années pour que voit le jour le Musée Bernadotte, situé dans la maison où naquit notre illustre concitoyen. Et sans la volonté et la persévérance des suédois ... Aujourd' hui force est de constater que nombre de nos concitoyens connaissent encore très mal Bernadotte; quant à savoir où se trouve le musée...

Nous le voyons, rien qui ne soit simple avec un tel personnage.
Jean-Baptiste Bernadotte fut emporté par le souffle de l' Histoire, et si jamais il n' oublia sa terre natale, rien ne pouvait contrarier une marche prodigieuse qui le conduisit loin de chez lui, vers les plus hautes destinées; alors à quoi bon se retourner !!!