samedi, mars 06, 2010

BERNADOTTE-(TEXTE D'OREBRO2010)

Charles Jean Bernadotte et la nouvelle Suède


Bernadotte avant la Suède

Un garçon de Gascogne

Le 26 Janvier 1763, au moment du Carnaval à Pau, est né un petit garçon. Il a fait peur à tout le monde car sa mère a eu un choc provoqué par un costume de carnaval effrayant.
L’enfant est né plusieurs semaines en avance et n’aurait pas dû survivre mais il a bravé toutes les prédictions. C’est ce que la légende dit et c’est une belle histoire. Si elle est vraie, c’est une autre affaire.
Le fait est en tout cas que le garçon a reçu le nom de Jean-Baptiste Bernadotte et qu’il allait vivre jusqu’à plus de 80 ans, en dépit de débuts difficiles. Mais pendant sa petite enfance et même durant toute sa vie, il a traversé des périodes de problèmes de santé. Jean-Baptiste avait un frère Jean Evangéliste et une soeur Marie. Son père, Henri Bernadotte, avait le surnom de « réalisateur de choses » ce qui peut ressembler à un simple juriste. La famille Bernadotte habitait dans la petite ville de Pau, dans le département du Béarn dans le sud de la France. Bernadotte se faisait souvent surnommer le Gascon d’après le nom de la région Gascogne dont le Béarn fait parti. Il était connu pour être fougueux et impulsif. Le gascon, le plus connu est bien sûr d’Artagnan, «des trois mousquetaires » de Dumas, qui d’ailleurs avait Bernadotte comme idole et référence. Le jeune Jean-Baptiste était un élève talentueux mais difficile. Il se retrouvait souvent dans des bagarres et fut peu à peu renvoyé de l’école. Un stage dans un bureau d’avocats lui suffira pour le convaincre de ne pas suivre les pas de son père.
La ville de campagne endormie de Pau était trop petite pour Bernadotte. Il cherchait à se joindre aux soldats de passage pour écouter leurs histoires. Cette vie le fascinait mais il avait promis à son père de ne pas s’engager.
Quand Henri Bernadotte meurt subitement au printemps 1780, les choses prennent alors une autre forme. Jean-Baptiste attend l’automne avant de s’inscrire comme recrue dans un régiment d’infanterie. La vie de soldat lui allait comme un gant. Qu’il s’agisse d’exigence de discipline ou de durs exercices sur le champ, tout lui allait sans problème. En dépit d’aptitude et d’ambition, il lui faudra attendre cinq ans avant la première promotion. Même dans l’avenir, les choses évolueront doucement, sa santé fragile lui causera de longues périodes de convalescence. Le temps froid et humide de la période d’hiver lui donnera plus de difficultés. Un autre obstacle à son avancement, était l’organisation rigide de l’armée française où seuls les représentants de la noblesse pouvaient devenir officiers. De telles résolutions avaient pour conséquence que de nombreux soldats et de sous-officiers étaient en faveur de la Révolution. Ils étaient persuadés que les choses pourraient être mieux.
C’est à partir de ce moment que Bernadotte sera un républicain convaincu.
La Révolution de 1789 arriva après une longue période de mécontentement général avec des injustices et un manque de compassion de la part des dirigeants. La société changea pour l’avenir et les souverains de toute l’Europe étaient effrayés par la « contamination française » et que l’idéal de liberté d’égalité et de fraternité se répandent aussi dans leurs pays. Que faisait Bernadotte pendant cette période explosive? La réponse est : rien de bien spécial. Il était stationné près de Marseille sur la côte méditérannéenne et continuait à gérer ses devoirs militaires. Il avait reçu le titre de sergent et une personne telle que lui ne pouvait pas en espérer beaucoup plus, étant donné qu’il n’appartenait pas à l’aristocratie. Le moment le plus connu de cette époque fut quand Bernadotte sauva le chef de régiment de ses propres soldats qui voulaient le lyncher. Bernadotte fit un pas en avant et protégea son chef. Il réprimanda sans attendre les soldats en question et expliqua que ce serait une honte s’ils essayaient une nouvelle fois. Bernadotte, bien qu’étant républicain, avait encore plus de respect pour la discipline et l’honneur.

La Révolution Française

La révolution commença avec un roi, s’acheva avec un empereur. En France la différence était très importante. Le roi et la noblesse vivaient bien, en dépit des mauvaises récoltes et des finances de l’Etat misérables, ce qui ne correspondait pas à l’homme de la rue. Il en était de même pour les possibilités de diriger. Le roi prétendait avoir reçu le pouvoir absolu de Dieu. Les fonctions de l’Etat étaient réservées à la noblesse. Ils étaient comme le clergé exonérés des taxes mais avaient la possibilité de percevoir l’impôt sur les paysans et les bourgeois qui n’avaient rien à dire.
Mais à cette période, différentes pensées concernant la situation s’étendirent à de plus en plus de personnes. Il s’agissait de la personne « raisonnable » et de la irection par le peuple. Le mécontentement, la mauvaise administration et l’information firent un mélange qui enclencha la révolution française de 1789. Ce fut possible après de sévères argumentations, qui regroupèrent les trois ordres en une Assemblée Nationale. Le 14 Juillet de la même année, la Bastille fut prise d’assaut par des personnes agitées. En campagne, les propriétés furent pillées et l’émeute fut plus agressive qu’à Paris. Cela aboutit à plusieurs réformes, comme par exemple le servage qui fut aboli. Le roi fut destitué et exécuté en 1793. La République fut proclamée et beaucoup de personnes perdirent leur tête par la guillotine. La plupart d’elles durent payer de leur vie sous le régime de la terreur mené par Robespierre.
Après la période de chaos politique, Napoléon Bonaparte prit le pouvoir en 1799. En 1804, il fut choisi comme empereur.

Bernadotte Général de Division

Le sous-officier Jean-Baptiste Bernadotte commença à gravir les échelons en Novembre 1791. La carrière s’envola comme une fusée et en trois ans il devint général de division, un rang qui était plus haut que celui de général « normal ». Il pouvait remercier la Révolution pour tout ce qu’elle lui avait apporté, mais elle pouvait aussi le remercier. Son premier mandat d’officier n’avait jamais pu être possible avant, d’une part parce qu’il n’était pas noble et d’autre part parce que c’est son équipe qui poussa à sa nomination en tant que sous-lieutenant, un service spécialement créé pour lui. Ce phénomène se répètera. Bernadotte avait toujours de bonnes relations avec ses soldats. Cela valait beaucoup dans une nouvelle France où les hommes de troupe pouvaient désigner leurs officiers par élection.
L’accélération de sa carrière ne dépendait pas seulement des bonnes relations avec les troupes ou des mérites personnels. Peu à peu des trous dans le corps des officiers se formèrent quand plusieurs officiers nobles prirent des missions à l’étranger. De plus, l’armée française était embrouillée dans des guérillas depuis 1792. Le premier conflit était l’Autriche mais bientôt un nombre plus important de pays d’Europe voulaient s’opposer aux révolutionnaires français. Le développement de la France s’accéléra aussi. En Septembre 1792, la monarchie fût abolie et trois mois après le roi Louis XVI fût exécuté, le dernier roi de France. Dictature et régime de la terreur (régime provisoire) se succédèrent, et la nouvelle guillotine fût utilisée régulièrement jusqu’en 1794 quand Robespierre, le chef du régime de la terreur, y fût soumis personnellement. L’ironie de la situation est que la guillotine avait été trouvée par celui qui était contre la peine de mort, le docteur Joseph Guillotin. La guillotine fut mise en place car elle était considérée comme plus humaine que les méthodes utilisées précédemment pour exécuter les condamnés.
Bernadotte s’est trouvé plusieurs fois très près de la guillotine. Son avancée rapide à des postes de haut grade ont fait des yeux se poser sur lui et se créa ses premiers ennemis. Sous le régime de la terreur (régime provisoire), les procès de ses collègues se faisaient courts et il fut lui-même interpellé devant la « Cour des Hommes ». Il fut sauvé grâce à son éloquence, une qualité souvent mentionnée quand on évoque Bernadotte. Son langage rapide et bien formé lui servait aussi bien sur les champs de bataille que dans les salons.
Sur les champs de bataille, en tout cas lors des marches vers la bataille et en retour, Bernadotte était toujours présent pendant les années après 1792. La guerre se poursuivait avec joie et contre divers ennemis. Bernadotte était dans son élément et montrait compréhension et patience. Prenant grand soin de ses troupes il n’hésitait pas à frapper fort quand le moment se présentait. Les récits de cette époque sont presque unanimes. La plupart d’entre eux décrivent son bon jugement et son courage l’incitait à se trouver souvent en première place sur la ligne de front.
Quand il recevait des critiques, elles concernaient souvent sa faculté d’arriver en retard sur le champ de bataille. Cette capacité se développa de plus en plus avec les années même lorsque l’armée suédoise sous ses ordres participait aux batailles finales contre l’armée de Napoléon. Il est vraisemblablement devenu prudent avec les années, une évolution assez normale.
Les opinions du général de division Bernadotte sur différentes questions politiques accrurent en même temps que sa popularité. Mais comme il était un homme attentif, il utilisait son éloquence pour camoufler ses opinions. Il était officiellement loyal envers le Gouvernement au pouvoir, peu importe qu’il soit de droite ou de gauche. La loyauté était sans égard envers la République, là où Bernadotte préserva ses idéaux plus longtemps que beaucoup d’autres. Bernadotte avait des qualités qui rassemblaient mais faisaient également peur à son entourage. Il passait pour honnête et incorruptible, ce qui n’était pas le cas de beaucoup de ses collègues.
Bernadotte refusait que ses troupes pillent ou détruisent les places conquises. De cette façon, il était différent de la plupart des hauts militaires de cette époque. Chez Bernadotte, la haute discipline et même la peine de mort étaient de rigueur pour celui qui enfreignait l’interdiction de piller. Prendre ce qui pouvait intéresser les vainqueurs était considéré comme normal et la position de Bernadotte en ce domaine le rendait impopulaire chez les autres hauts officiers.
• Réfléchissez sur comment la révolution française a influencé la vie de Bernadotte et comment cela aurait pût être sans révolution ?
• Pensez-vous que la vie pour les «gens normaux » changea avec la révolution ?

Bernadotte et Bonaparte

Le 3 Mars 1797, Jean Baptiste Bernadotte rencontre l’homme qui, en bien ou en mal, va changer sa vie plus que n’importe qui d’autres. La rencontre eut lieu à Mantua dans la partie nord de l’Italie et Bernadotte venait juste de traverser les Alpes avec ses troupes. Elle fut courte et en bon ordre suscitant beaucoup d’admiration parmi les milieux militaires. Il arrivait pour relever son collègue Napoléon Bonarparte dans son expédition italienne. Quand ils se saluèrent Bonaparte le prit à part afin de lui montrer un poème juste écrit ayant pour nom modeste « destin des âmes qui appartenaient aux héros morts pour la liberté », un titre qui est sûrement plus éloquant en français qu’en suédois. La surprise de Bernadotte est facile à comprendre. Il apprit également que son hôte travaillait également sur un roman d’amour, d’un jeune lieutenant et d’une jeune fille riche. La jeune fille dans le roman était une ressemblante devinée de Désirée Clary, l’ancienne fiancée de Bonarparte.
Personne ne pouvait s’imaginer que dix-huit mois plus tard, elle deviendrait la femme de Bernadotte. Désirée sera le lien unissant les deux hommes qui ne pouvaient pas se comprendre même si leurs antécédents avaient de nombreuses similitudes.
Napoléon Bonaparte était un homme gracieux et juste. Il est né en 1769 sur l’Ile de la Méditerranée Corse, appartenant à la France depuis juste un an. La Corse a eu plusieurs célébrités dans l’histoire, par exemple le républicain italien Genua.
Napoléon est né sous le nom Nabullione Buonaparte, un nom qui a eu sa forme française quand Nabullione a eu dix ans. Il était le second plus âgé de la famille de huit enfants d’un père avocat Carlo Buonaparte. L’avocat était un aristocrate pauvre qui vivait bien, mais pendant une courte période car il décéda à l’âge de trente-neuf ans. A neuf ans, Napoléon commença l’école et sortit de la promotion en tant que sous-lieutenant d’artillerie. Après cela, il y a beaucoup de similitudes avec le parcours de Bernadotte. Ils ont vécu tous les deux une existence retirée jusqu’à la révolution qui changea les règles du jeu. Ils ont tous les deux soutenu la révolution sans se faire spécialement remarquer. Par la suite, ils ont avancé très rapidement et sont devenus généraux de division en automne 1794.
Bernadotte n’avait pas confiance en Bonaparte et Bonaparte n’avait confiance en personne. Ils souffraient de la peur qui existe chez les hommes « indépendants », ’être un jour démasqués et renvoyés aux conditions modestes dont ils étaient issus. La tactique de Bernadotte avait été, avec une hônneteté et une morale droite, de ne pas laisser de points faibles pour les ennemis. L’éloquence reconnue était parfaite pour dissimuler les véritables opinions sur les questions brûlantes, dans le cas où les opinions existent. Bonaparte a choisi une autre stratégie. Ses opinions étaient à peine aussi profondes et fondées, à l’exception de sa conviction personnelle qu’il devait avoir le pouvoir. Là où Bernadotte était à la recherche de la bonne solution, Bonaparte, lui, choisissait celle réalisable. Cela le mena sur le trône d’Empereur mais aussi à Sainte Hélène, une ile isolée au sud de l’Atlantique où il a passé ses dernières années, banni par ses ennemis vainqueurs. Jean Baptiste Bernadotte parmi eux, a aussi obtenu un trône mais il échappa à l’isolement, même si les Pays nordiques paraissaient suffisamment effrayants pour nombreux de ses compatriotes.
La campagne menée en Italie fut la première occasion pour les deux généraux de coopérer. Cela ne s’est pas passé sans problèmes, mais en dépit des objections, ils avaient un respect mutuel l’un pour l’autre en tant qu’homme de métier. Ils avaient leurs forces dans des domaines différents et auraient pu se compléter parfaitement, mais leur ambition et le manque d’affinités mirent un frein. Après la campagne réussie en Italie, Bernadotte déposa sa lettre de démission car il se sentait traité sans respect par Bonaparte. Il s’empressa de regagner Paris et réussit à s’intégrer rapidement dans diverses intrigues qui se déroulaient dans la capitale. Le général connu était un invité populaire dans différentes réunions mais il avait hâte de repartir car l’armée et les champs de bataille lui manquaient. A Paris, un Coup d’Etat se préparait et les chefs essayaient d’y engager Bernadotte, mais durent abandonner après avoir été soumis plusieurs fois aux boniments du gascon qui, de façon bien formulée, ne promettait rien et expliquait qu’il n’y avait rien à espérer. Les chefs du Coup d’Etat se tournèrent alors vers Bonaparte, qui sans hésitation, apporta son soutien avec quelques uns des ses hommes de confiance. Le Coup d’Etat réussit, Bonaparte avait reçu plusieurs dettes de reconnaissance à utiliser lorsque le moment serait propice. Les relations entre les deux généraux continuèrent à être forcées. Bonaparte voulait savoir ce que Bernadotte faisait et où il se plaçait. Il était toujours un rival dangereux dont la renommée d’intégrité rendait encore plus imprévisible. La capacité de poser les ordres de façon correcte et son apparence magnifique étaient aussi des inconvénients, selon Bonaparte. Bernadotte était vu comme un homme de style de son temps. Il faisait 1,80 mètres de haut, alors que Bonaparte avec ses 1,68 mètres était à peine au niveau de la moyenne. Bernadotte avait des cheveux de couleur noire avec des ondulations naturelles, un nez aquilin et de jolies jambes qui lui ont valu le surnom, durant l’époque de soldat, de « Belles Jambes ». Bonaparte n’avait pas grand chose à mettre en avant pour le concurrencer avec sa silhouette trapue, un début de calvitie et des jambes toutes normales.

Beethoven/ Bernadotte/ Bonaparte

Une période différente va suivre dans la vie du général révolutionnaire Bernadotte. Sur des voies impénétrables il fut nommé Ambassadeur de France à Vienne en Février 1798. Il était le premier au poste après la révolution et la France venait de gagner une guerre contre l’Autriche. Le nouvel ambassadeur se plaça directement dans la critique. Son langage militaire ne passait pas dans les salons et sa façon de défendre la révolution et la république agaçaient les autrichiens. Un de ses amis dans la ville était le jeune, compositeur connu Ludvig von Beethoven. Ils ses rencontraient à plusieurs reprises et d’après la secrétaire de Beethoven, l’idée de la troisième symphonie, mieux connue sous le nom de « Héroïque », viendrait de Bernadotte. Le thème de la symphonie était les héros et elle fut dédiée à Bonaparte.
Quand celui-ci se proclama Empereur, Beethoven déchira la dédicace, déçu que son héros soit aussi avide de pouvoir comme les autres. Après cela, il vendit la dédicace pour 400 ducats à un prince autrichien moins connu. L’ambassadeur Bernadotte eut une courte carrière. Après environ deux mois, il quitta Vienne pour ne plus jamais y revenir. La raison directe était une émeute qui finit avec une ambassade française détruite par la foule agitée. Bernadotte avait fait monter le drapeau français, ce qui suffit pour irriter la populace. Quand ils s’attaquèrent à l’ambassade, l’ambassadeur se mit à courir dans les escaliers avec son épée sortie et tout s’acheva dans un chaos incroyable. En colère du fait de ne pas recevoir d’excuses et de compensations, il rentra à Paris et posa sa démission.
La prochaine phase dans l’histoire entre Bernadotte et Bonaparte eut lieu sur le plan personnel et familial, en tout cas selon la façon de voir les choses de l’époque. quand Bernadotte, au printemps 1798, revint à Paris il rencontra souvent et volontiers Joseph Bonaparte, le frère ainé de Napoléon. La femme de Joseph s’appelle Julie et elle a une soeur qui s’appelait Désirée, la même Désirée qui fut la fiancée de Napoléon. Pendant les dîners et autres situations, le fameux général révolutionnaire rencontra la charmante fille de société. Les choses se déroulèrent comme elles en ont l’habitude. Après juste quelques mois de connaissance, ils se marièrent. La cérémonie fut civile à la demande de Bernadotte. Il était toujours convaincu de l’idéal révolutionnaire, ou tout au moins suffisamment convaincu pour refuser un mariage catholique, bien que Désirée soit une catholique pratiquante. Le mariage avec un écart de plus de quatorze ans avec la jeune Désirée, serait une nouvelle expérience et parfois un test pour le jeune homme d’âge moyen qui était plutôt habitué aux relations avec ses soldats. La jeune femme de Bernadotte ne manifestait pas une intelligence livresque mais elle la compensait par son intuition
et son intérêt pour les dires de son entourage, des qualités que son mari était loin de posséder. Il essayait de l’élever et de l’éduquer mais sans grand succés. Désirée joua tout de même un rôle capital dans le futur de Bernadotte. Elle sera le faiseur de paix de rang et ouvra des portes à son mari. Ce fut certainement grâce à elle si les conflits entre son mari et son ex-fiancé ne devinrent pas des conflits ouverts. Elle avait une relation spéciale avec Napoléon qu’elle savait utiliser dans les situations de crise.
L’été 1799 fut une période pleine de rebondissements pour Jean Baptiste Bernadotte. Le 2 Juillet, il fut nommé comme Ministre de la Guerre, un poste qu’il accepta après que sa femme enceinte ait réussi à le convaincre. Il avait à peine dit « oui » au nouveau poste qu’il devint papa. Le 4 Juillet, le petit Oscar naît, le premier et le seul enfant de Jean Baptiste et de Désirée. Mais Bernadotte n’a pas eu le temps pour voir son fils. Il y avait beaucoup trop à faire au Ministère de la Guerre. Il partait souvent à cheval de la maison située en dehors de Paris dès quatre heures du matin. La journée de travail était de quinze ou seize heures et se composait toujours de réunions de crise. « Rien ne devait rester plus d’un jour sans agir ou sans être traité », c’était sa devise, une devise que les bureaucrates aujourd’hui devraient aussi avoir comme principe.
C’était un travail désespéré que d’être Ministre de la Guerre en France en 1799. Les soldats n’étaient pas assez nombreux, il n’y avait pas d’argent et les politiciens à Paris s’occupaient à s’engager dans des intrigues et à se surveiller mutuellement. En dépit de cela, Bernadotte réussit à augmenter la garnison de façon réelle et à améliorer l’économie pendant les neuf ois à ses charges. Cela ne durera pas longtemps car il reçut subitement une réponse positive à sa demande de démission, alors qu’il ne l’avait pas faite lui-même. Il venait d’être trompé par les chefs politiques et mis sur un autre agenda. Ils planifiaient un Coup d’Etat qui comme tous les autres devait sauver le pays. Bernadotte devait être mis à l’écart car il était une menace pour les plans. Les investigateurs de ce Coup d’Etat se tournèrent vers Bonaparte, une décision qu’ils allaient regretter dans le futur.
Le Coup d’Etat eut lieu le 9 Novembre 1799 et Bonaparte s’occupa des détails pratiques. Les politiciens attendaient de voir avant de se mettre à jour si le vent soufflait du bon côté. Bonaparte était un instrument, mais bientôt l’instrument prit le dessus. La direction de la France était désormais entre les mains d’un général d’artillerie de trente ans venu de Corse. Bernadotte refusa de s’en mêler et partit de Paris rapidement dès que le moment fut venu. La fuite fut dramatique, Bernadotte était revêtu de vêtements civils et Désirée déguisée en un jeune garçon. A partir de ce moment, le duel était vaincu. Bernadotte était devenu pour l’avenir, en tout cas pour son avenir en France, le subalterne des décisions de Bonaparte.

Au service du Consul ou de l’Empereur

Bien que Bonaparte, après le Coup d’Etat, soit l’homme le plus fort de France, Bernadotte continua son opposition. Elle s’affaiblissait avec le temps mais gênait tout de même Bonaparte tellement qu’il essaya à plusieurs reprises d’anéantir ce moment d’irritation qui portait le nom de Bernadotte. Celui-ci réussissait systématiquement à glisser hors des situations difficiles grâce à son savoir-faire avec la langue. Il savait également comment il pouvait flatter Bonaparte et n’hésitait pas à user des méthodes nécessaires. Bonaparte voulait avoir le contrôle sur lui, mais en même temps ne pas l’avoir dans la capitale là où les intrigues naissaient et se développaient.
Après une courte mission comme Commandant de l’Armée de l’ouest en Bretagne, Bernadotte revient à Paris pendant l’automne 1800. Il réussit à plusieurs reprises et avec de bonnes motivations à refuser des postes de Gouverneur à Saint Domingue où en territoire de Louisiane aux Etats-Unis. Concernant ce dernier poste, il réussit à y échapper quand Bonaparte décida de vendre le territoire aux Etats-Unis. Il passa près de la nomination de force comme Ambassadeur à Washington mais fut sauvé grâce à l’éclatement de la guerre entre la France et l’Angleterre. Bernadotte pouvait rapidement montrer sa loyauté envers le pays et se mit à disposition. Même
Bonaparte ne pouvait pas motiver l’envoi d’un de ses plus compétents chefs d’armée à un poste d’ambassadeur au plein milieu d’une guerre. Mais les rivalités entre les deux hommes continuèrent. Bernadotte fut de plus en plus isolé et découragé. Il était toujours du coté des idéaux républicains que la plupart d’entre eux semblaient avoir abandonné. Bonaparte commençait de plus en plus à agir comme un dictateur et la France devint un pays où la police et les délateurs étaient présents partout. Les pays voisins s’organisèrent afin que la nation française ait toujours un ennemi extérieur avec lequel ils pouvaient s’unir. Quand Bonaparte en 1804 annonce une élection qui devrait le faire empereur, Bernadotte et plusieurs autres furent étonnés mais à peine surpris. Quand l’élection donna une majorité écrasante pour le « oui », beaucoup d’illusions furent déçues. En quinze ans, la France était passée d’une révolution à un empire.
L’Empereur Napoléon avait la France là où il la voulait, ce qui veut dire entre ses mains. Celui qui n’était pas avec lui, n’était pas seulement contre lui, mais était un problème et parfois un danger. Bernadotte regarda la réalité, croisant les doigts et jurant sa loyauté à Napoléon. Il était forcé de subvenir aux besoins de sa famille et, après cinq ans de disgrâce, cela séduisait une personne aussi active que Bernadotte et donna un résultat rapide. En même temps que Bonaparte fut élu Empereur, il en profita pour ramener vers lui plusieurs des officiers les plus compétents en les nommant Maréchaux de France, une vieille marque d’honneur que Napoléon avait choisi de réinstaurer. Bernadotte faisait parti de ce groupe de dix-huit personnes qui furent nommées avant le couronnement. Comme preuve de leur dignité, les maréchaux recevaient chacun leur bâton et avaient l’honneur de participer au couronnement du Nouvel Empereur. Bernadotte porta le collet de l’empereur alors que la femme du Maréchal, Désirée, porta le mouchoir de l’Impératrice Joséphine ainsi que son voile sur un petit coussin. Nous ne savons pas ce que le vieux républicain pensait de cette mascarade. Nous pouvons juste deviner.

Maréchal, gouverneur, prince

Après l’acte de soumission et l’acclamation du nouvel empereur, Bernadotte reçut rapidement sa récompense. Napoléon avait besoin d’un Gouverneur à Hannovre, une petite ville de l’Allemagne de l’époque qui était sous l’occupation française. La spécialité de Hannovre était que la maison royale d’Angleterre en était issue. L’Angleterre et Hannovre avaient une union particulière, ce qui veut dire qu’ils avaient le même régent mais sinon, ils étaient deux états séparés, un peu comme la Suède et la Norvège allaient devenir environ dix ans plus tard. L’occupation de Hannovre était exitante pour Napoléon qui se faisait un plaisir d’irriter les anglais et de leur donner un avertissement. Bernadotte prit son service avec une grande responsabilité et devint rapidement un gouverneur apprécié, grâce à son intégrité et son intérêt pour les gens de son petit « royaume ». Son attitude face à ses devoirs fut formulée clairement à son beau-frère Joseph Bernadotte: « Je suis bien arrivé en Allemagne pour libérer la population et non pour recevoir des présents et resté assis avec eux à une table. La meilleure vertu d’un républicain est son intégrité et en conséquence sa modestie ». Il se voyait donc toujours comme un républicain, même s’il avait acclamé officiellement le nouvel empereur et participé à son couronnement.
Cette période plutôt heureuse à Hannovre dura seulement un an. L’empire France avait plusieurs autres ennemis comme la république et en 1805, de nouvelles énergies s’étaient reformées. Lors de la fameuse bataille d’Austerlitz, les autrichiens et les russes furent vaincus avec force mais bientôt le conflit reprit. Entre les deux, Bernadotte eut la chance de tester la vie en tant que prince, même si cela était de façon timide. Napoléon aimait donner des titres à ses maréchaux, tout au moins pour les garder occupés avec des rivalités internes de façon qu’ils ne se mêlent pas aux intrigues extérieures. Les titres les plus éminents, il les gardait pour ses frères qui devinrent rois dans les Etats satellites de l’Empire comme l’Espagne et la Hollande. Le vieux rival Bernadotte reçut son titre en 1806, et il dut s’en contenter en devenant Prince de Ponte Corvo, un petit état plat appartenant au Vatican. Il était situé comme une ile dans la province de Naples qui possédait la partie sud de l’Italie, sans compter la Sicile. Naples fut remis à Joachim Murat, aussi un gascon et Maréchal, mais le plus important était qu’il avait épousé une des soeurs de Napoléon. Mais Bernadotte était tout de même satisfait de son titre lui donnant le droit de percevoir des taxes, une aide bienvenue pour l’économie privée de Bernadotte qui était par moment plutôt juste.
Mais le Maréchal Bernadotte n’a pas eu beaucoup de temps, aussi bien sur le plan économique qu’à Ponte Corvo. De nouveaux ennemis attendaient sur les champs de bataille d’Europe, la Prussie guettait son tour, suivie des russes qui ne voulaient pas abandonner. Les forces françaises continuaient à avoir du succés, surtout grâce aux équipements techniques et modernes utilisés contre des méthodes anciennes, le génie stratégique Napoléon contre des hommes anciens qui avaient fait leur parcours éducatif à l’époque où Napoléon n’était même pas envisagé. Dans le camp de l’opposition se trouvait la Suède dont le Roi Gustave IV Adolf avait une haîne malade contre Napoléon qui n’avait rien remarqué. Mais leurs efforts conduirent à un premier contact entre Bernadotte et sa future population, un contact qui allait être d’une grande importance quelques années plus tard.

Au nord de l’Allemagne- en campagne de guerre

Bernadotte était Commandant sur le flanc nord contre la Prussie. Ils rencontrèrent peu de résistance et arrivèrent rapidement sur la côte de la mer baltique. Là, ils pouvaient occuper Lubeck et vaincre une partie des forces suédoises. Les suédois avaient de la chance d’être prisonniers de guerre sous Bernadotte qui était connu pour ses traitements humains, aussi bien pour les forces ennemies que pour les populations civiles. Parmi les prisonniers, il y avait un jeune lieutenant surnommé Carl Otto Mörner qui quatre ans plus tard voyagera à Paris et proposera la couronne de Suède au même Bernadotte. Mörner et d’autres suédois n’avaient pas oublié le Maréchal français et son sens de l’humanité, quand il autorisait les officiers à garder leurs armes et leur donnait même de l’argent pour qu’ils rejoignent Paris euxmêmes pour se rendre prisonniers de guerre. Les paroles d’honneur signifiaient plus que les règles et décisions.
La vie en campagne continua pendant 1807. Bernadotte était principalement toujours au nord de l’Allemagne. Tout allait comme il se devait, jusqu’au moment où le Maréchal passa tout près de la mort en Juin 1807. Une balle perdue toucha Bernadotte à la gorge. Il n’y avait pas de risque pour sa vie mais il dût se mettre en convalescence pendant trois semaines dans un château en Pologne. Désirée l’y rejoint afin de s’assurer que son mari blessé allait bien et ils eurent la possibilité de passer quelques jours en famille pour changer les habitudes. Après cet évènement, Bernadotte fut invité par Napoléon à participer à un compromis de paix avec le Tsar russe Alexandre Ier. La rencontre eût lieu à Tilsitt, qui s’appelle aujourd’hui Sovetsk, dans la province russe de Kaliningrad près de la mer baltique. L’Empereur et le Tsar se mirent d’accord et signèrent un traité qui aura beaucoup d’importance pour la suite des évènements. Par ce traité, Napoléon n’avait plus que deux ennemis en état de se battre, l’Angleterre et .... la Suède. L’Angleterre allait être vaincue en bloquant le trafic maritime et de cette façon les anglais allaient mourir de faim. La Suède serait forcée de participer à un blocus, de gré ou de force.
« Le pigmé sur le petit trône », comme Napoléon appelait le roi suédois, serait obligé de se courber. Gustave Adolf IV, à son tour, refusait même de parler à Napoléon le considérant comme un gros animal sauvage tel qu’on l’évoquait dans la Bible. Pigmé et animal sauvage, c’est en tout cas le traité de Tilsitt qui revient quand la Suède deux ans plus tard perd la Finlande, quelque chose qui, en finalité, amènera Bernadotte sur le trône suédois.
Mais Bernadotte ne pouvait pas s’en douter déjà en 1807. A ce moment il n’était ni Maréchal, ni au service de l’Empereur Napoléon, mais toujours critique à la façon dont Napoléon gérait le pouvoir. Même par la suite, il travailla au nord de l’Allemagne, cette fois en tant que gouverneur des villes de la ligue hanséatique de Brême, Hamburg et Lubeck. Là, sa tâche principale était de s’assurer que les villes respectaient les décisions concernant le blocus de l’Angleterre. Aucun navire anglais n’avait le droit de charger ou de décharger, de la même façon que les navires n’avaient pas le droit de commercer avec l’Angleterre. Ce n’était pas une tâche facile dans ces villes de commerce indépendantes habituées à gérer leurs affaires ellesmêmes.
Encore une fois, Bernadotte dût user de sa capacité sociale et sa dernière action fût bien jugée quand il acheva sa mission en Mars 1809.

En Campagne- en disgrâce

Durant la période de Gouverneur, Bernadotte fit un long séjour au Danemark. Là, il attendit à la tête d’un corps d’armée, renforcé de deux divisions espagnoles.
Ensemble, ils devaient avec l’aide des troupes danoises envahir la Suède. Les troupes se tenaient prêtes, mais jour après jour rien ne se passait. Au final, ce fut assez clair que l’aventure danoise était pour attirer les ennemis de Napoléon au nord de l’Europe pendant qu’il s’occupait d’une rébellion massive de la population en Espagne. La conséquence de cette révolte fut qu’à leur tour, les divisions espagnoles toutes ensembles désertèrent et quittèrent le Danemark. Ils partirent à l’aide des navires anglais officiellement bloqués en n’ayant pas le droit d’approcher les ports danois. Que Napoléon ne soit pas satisfait, que ce soit du Danemark ou de Bernadotte, cela est facile à comprendre. L’Empereur était rancunier, et après la débâcle au Danemark, Bernadotte se trouva une autre fois en disgrâce.
A cause de la disgrâce de l’Empereur, il resta plus ou moins tout le temps en France.
Une autre guerre avec l’Autriche augmentait les soucis pour Bernadotte. En combat à Wagram, les choses allèrent de travers. Son problème habituel, d’être au mauvais endroit au mauvais moment et de prendre trop de temps pour faire des corrections, eut pour effet que la victoire de Wagram fut gagnée sans contribution des forces de Bernadotte. De plus Napoléon réalisa qu’il essaya de prendre les honneurs de cette victoire. Une action plus réussie en Hollande, durant 1809, ne suffit pas pour que l’Empereur change d’avis. Une grande invasion de troupes anglaises débarquait et Bernadotte dût s’occuper d’eux, car l’Empereur et la plupart des autres Maréchaux se trouvaient dans une autre partie de l’Europe. Cette fois-ci, la tactique de Bernadotte passe de façon impeccable. Il attend le moment favorable et surveille, alors que la fièvre jaune et la dysenterie mettaient fin à plusieurs milliers d’opposants. Juste après, les troupes retournèrent en Angleterre avec honte et Bernadotte rentrait chez lui, comme vainqueur sans avoir eu besoin de tirer un seul coup de fusil.
Mais les bons résultats obtenus en Hollande ne l’aidèrent pas à une place auprès du soleil de l’Empereur. Napoléon était, comme nous l’avons dit, rancunier et soupçonnait Bernadotte de divers complots louches. Ces suspicions n’étaient d’ailleurs pas totalement infondées. Bernadotte faisait parti de ceux qui commençaient à voir Napoléon comme dépassé et la situation dans le pays était catastrophique. Des années de guerre de conquête et de rationnement avaient créé un fort mécontentement sur l’Empereur. Les soldats désertèrent en grand nombre et tous étaient épuisés de cette guerre interminable (sauf Napoléon et quelques Maréchaux). Un signe concret de la situation est la formule utilisée par Bernadotte dans une lettre écrite à Lucien Bonaparte, l’un des frères de Napoléon : «C’est à contre coeur que je participe à une chose aussi humiliante qu’une guerre illégitime.
J’ai vu trop de champs, de jardins et de villages devenir des lieux de boucherie pour des milliers de jeunes hommes à la foi inébranlable et ayant une joie de vivre... ».
Dire que Bernadotte, en 1810, en avait fini et était prêt pour quelque chose de nouveau, n’est sans doute pas une exagération. Il avait atteint l’âge de quarantesept ans et était soumis à la disgrâce de son pays depuis une longue période par un souverain absolu. Selon son opinion, le pays natal était sur une voie dangereuse et destructive à cause de ce même souverain. Il avait lui-même des problèmes de santé, particuliérement d’estomac, et l’économie n’était pas vraiment stable. La vie en France ne serait à peine aussi joyeuse que cela. Soudain, un jour de Juin arriva un jeune homme de Suède avec une commission bizarre...
• Qu’est ce qui est nécessaire à la France, entre 1790-1810, pour qu’elle devienne la force dominante en Europe ?
• Pouvoir : Présentez sous forme de points comment les relations entre Bernadotte et Bonaparte se sont développées.
• Bernadotte essayait de traiter ses prisonniers de façon humaine, d’après plusieurs témoignages. Même aujourd’hui, la situation des prisonniers est une question actuelle. Réfléchissez sur les différences entre les guerres de cette époque et celles d’aujourd’hui et de quelle façon cela influence le traitement des prisonniers de guerre.

La Suède avant Bernadotte

De l’assassinat à l’Opéra...


«Aj, Je suis blessé, arrêtez-le » s’écria le roi suédois Gustave III, caractéristique en français, alors qu’il était en Suède. Celui que l’on devait arrêter était un homme masqué qui durant une mascarade à l’opéra de Stockholm le 16 Mars 1792, sortit soudainement un pistolet et tira une balle touchant le roi au-dessus de la hanche gauche. L’homme réussit à s’enfuir alors que le roi blessé était transporté ailleurs. Il mourût treize jours plus tard mais l’homme à l’origine de l’attentat fut arrêté. Le coupable s’appelant Jacob Johan Anckarström, était un capitaine qui haïssait le roi depuis longtemps.
L’idée était que le meurtre aurait dû être le début pour un Coup d’Etat mais les choses ne tournèrent pas comme prévu pour les investigateurs non initiés du Coup d’Etat. Le complot fût rapidement découvert et les investigateurs arrêtés. En finalité seul Anckaström fût exécuté alors que les autres impliqués eurent des peines de prison ou furent alors bannis du pays. La photo d’Anckaström comme bouc émissaire fût claire quand il fût transporté en parade à travers les rues de Stockholm pendant trois jours et soumis au fouet sur trois places différentes. Après cet évènement, il fût éxécuté de façon dramatique à Galgbacken près de Hammarby.
Gustave III avait réuni les opinions haineuses de plusieurs de son entourage, surtout parmi la noblesse. Il était devenu absolu sous 1789 et bientôt commença à planifier une guerre impopulaire contre la Russie. Cela résulta en partie nulle, pour empreinte un terme du jeu d’échecs. La Russie était trop occupée avec d’autres ennemis, ce qui sauva sûrement la Suède pour cette fois.
Le roi mourant devait avoir comme successeur son unique fils. Il s’appelait Gustave Adolf et avait treize ans quand son père fut assassiné. Il faudra attendre cinq ans avant qu’il ait la possibilité de régner et la régence sur le papier était dirigée par son oncle le duc Charles (Karl). Mais le duc n’était ni capable ni intéressé et laissait d’autres prendre la direction journalière du Gouvernement. La Suède marcha au ralenti pendant toute la période de régence mais réussit à se tenir en dehors de plusieurs guerres.

.... à la perte de la Finlande

Quand Gustave Adolf IV monte sur le trône à l’âge de dix-huit ans en 1796, il avait de nombreuses attentes autour de lui. Malheureusement il ne répond à aucune d’entre elles. Il n’avait pas oublié le meurtre de son père et avait beaucoup de mal à faire confiance à qui que ce soit. Un intérêt exagéré pour la bureaucratie et un focus permanent pour les détails le rendaient extraordinairement inapte à régir le pays à une époque où la guerre menée par Napoléon changeait constamment la carte de l’Europe. Une tentative d’écoute de la volonté de la population finit avec frayeur. Le parlement qu’il convoqua en 1800 s’acheva dans le chaos, la confusion et une opposition réunie.
Ce qui par la suite allait être son destin était la politique étrangère. Le roi trouvait que Napoléon était un animal sauvage tel ceux de l’Apocalypse de la Bible. Il se voyait lui-même comme choisi et discutait avec l’archange Michel sur la façon dont cet animal sauvage allait être vaincu. En d’autres termes, il était la mauvaise personne à la mauvaise place. Perdu dans les alliances internationales et avec une vue irréaliste de sa capacité personelle aussi bien que celle des troupes militaires, il réussit à s’isoler et à s’entourer d’ennemis. Lors de l’invasion de la Finlande par la Russie en Février 1808, une guerre qui aurait pu être évitée fut déclarée mais ne pouvait pas être gagnée.
Cette dernière guerre contre la Russie fût sur tous les points une catastrophe suédoise. La tactique consistait à se retirer constamment pour après reconquérir (sans savoir quand) avec une offensive anéantie. Mais la plupart des officiers manquaient de respect envers le roi et étaient des opposants à la guerre. Quand la forteresse de Sveaborg près de Helsinski fût abandonnée toute la volonté disparût chez les soldats suédois. Sans les canons de Sveaborg, la diplomatie suédoise était sans espoir et la capitulation d’autant plus démoralisante. En dépit de quelques victoires, la défense suédoise de la Finlande devenait encore plus irréalisable. Après six cent ans de territoire commun, la Suède et la Finlande furent divisées, en pratique en 1808, mais sur le papier lors du traité de paix signé à Hamina en Septembre 1809.

L’arrière-plan de la révolution suédoise

La révolution suédoise se rapprochait. Le mécontentement envers le roi fleurissait de tout côté, surtout parmi l’armée de l’ouest qui se trouvait à Värmland, avec comme responsabilité la surveillance de la frontière norvégienne. De l’autre côté se trouvaient les troupes danoises sous la direction du prince Kristian August, le même homme qui moins d’un an après sera désigné comme successeur au trône. A Värmland, des plans se discutaient constamment pour destituer le roi. Les plus actifs étaient le lieutenant colonel George Adlersparre et les frères Carl-Henric et Johan August Anckarsvärd. Beaucoup de personnes avaient du respect pour Adlersparre, qui depuis longtemps faisait parti de l’opposition au roi absolu. Mais Adlersparre était un homme prudent qui ne voulait pas mettre un pied de travers et plusieurs commencèrent à douter. Parmi eux appartenait Carl-Henric Anckarsvärd qui avait pour habitude de se précipiter en avant, si cela était positif ou non restait à voir. Les frères Anckarsvärd étaient nés à Sveaborg et ressentaient une perte personnelle quand la forteresse fût abandonnée sans résistance et la Suède se retira jusqu’à la partie nord du Golf de Botnie. En même temps, il y avait un fort oppossant au roi à Stockholm, par exemple le Général Carl Johan Adlercreutz, d’origine finlandaise et avec un statut de héros en dépit de la retraite de Finlande. Adlercreutz était en général prudent même lorsqu’il s’agissait des intrigues de la Cour.

La révolution en marche

Bien que beaucoup de personnes disaient vouloir gêner le roi, il n’y avait que le lent Adlersparre pour passer à l’action. Juste après minuit le mardi 7 Mars, une rébellion fut levée quand les chasseurs de Värmland prirent le contrôle de Karlstad. Deux jours plus tard, l’armée révolutionnaire, désormais constituée de 2000 hommes, marchait à l’Est vers Stockholm comme destination finale. Le soir du 5 Mars, le sousofficier avec le cornet âgé de dix-huit ans, Hugo Hamilton quitta Karlstad. Il était un courrier de la révolution, une tâche difficile mais importante. Hamilton devait avec l’aide d’une lettre de la part de Adlersparre chercher secours chez différents officiers sur sa route. En quatre jours, il parcourut le trajet entre Karlstad- Örebro- Västerås-Stockholm- Uppsala- Karlstad en traineau, une prestation impressionnante même avec le standard des routes aujourd’hui. Les réponses étaient variables, mais l’appel d’Adlersparre avait pourtant le soutien de plusieurs côtés.
L’étape suivante pour l’homme de la rébellion était Örebro, déjà était occupée depuis le 8 Mars par une unité locale provisoire qui s’était inspirée du message d’Hamilton. Les troupes d’Adlersparre pouvaient ensuite continuer vers Västerås prise le 13 Juin. Pendant ce temps, les activités pullulaient à Stockholm. Même le roi entendit parler de la rumeur, mais lors d’un dîner le 10 Mars il reçut un courrier secret d’Örebro qui le convint. Gustave Adolf pensait alors comme riposte se rendre au sud de la Suède, où il comptait sur l’aide du commandant et de l’unité provisoire.

Le crime de la Majesté

Le roi devait être arrêté pour éviter une guerre civile. C’était en tout cas notamment la pensée du héros de guerre Adlercreutz. Il avait peur des opinions radicales d’Adlersparre et de d’autres à la tête de l’armée de rébellion. Avec certains de la même opinion, il se décida pour une action rapide et résolue qui devait résoudre les problèmes. Le matin du 13 Mars, ils allèrent arrêter le roi. Pas une goutte de sang coula. Le roi fût conduit en premier à Drottningholm où il eût une assignation à résidence. Les troupes d’Adlercreutz avaient informé le vieux duc Charles d’une possibilité de se mettre en avant comme régent temporaire.
Quand le message arriva à Adlersparre, il se trouvait toujours à Örebro. Adlercreutz lui proposa alors de renvoyer la moitié de ses troupes chez elles car il était impossible de toutes les loger à Stockholm. Adlersparre comprit l’idée de contrerévolution et remercia pour le conseil, mais lui et son armée continuèrent leurs plans et allèrent se presser un peu plus... Adlercreutz et les autres investigateurs du Coup d’Etat étaient fortement inquiets. Y allait-il y avoir une guerre civile quand même ?
Le 22 Mars, Adlersparre entra à la tête de ses troupes dans Stockholm. Une longue période de discussions suivit. Il y avait plusieurs intrigues et soupçons, mais tout pouvait être résolu de façon passive, comme le début du modèle suédois concernant les solutions d’entente. Pendant ce temps, ils réussirent à obtenir un cessez-le-feu avec les russes.

Révolution - et après ?

Le théâtre extérieur prit fin quand l’armée du sud arriva à Stockholm, le cessez-lefeu était fini, le roi arrêté fut envoyé hors du pays. Un travail intensif se mit en place pour avoir une Suède qui marche, avec les restes de son prédécesseur. Le pays avait perdu un tiers de son territoire et pratiquement autant de la population. L’économie avait atteint un niveau planché et il y avait beaucoup d’idées sur la façon dont le pays devait être dirigé. D’abord il fallait résoudre la question de la régence. En dépit de l’ambiance proche de la révolution, la république ne fut jamais vraiment une alternative. La plupart était d’accord sur le fait que le duc Charles prenne en charge la régence, mais après? En fin de compte, un accord fut pris de demander au prince Kristian August, après une rencontre auparavant sur la frontière norvégienne. L’idée était que l’on pensait qu’avec un prince sur le trône la Suède et la Norvège seraient réunis en un pays.
Le prince accepta et fut adopté par Charles XIII, que le duc Charles appelait depuis qu’il avait officiellement prit la suite de son neveu. Le nouveau dauphin changea de nom pour s’appeler Charles August. Il ne s’installa pas en Suède avant Janiver 1810, car il ne voulait pas prendre ses fonctions avant que la Suède et le Danemark soient en paix. Mais quand le prince arriva en Suède, plusieurs soufflèrent. Il fit une assez bonne impression et avait de bonnes relations. De plus il n’avait que 40 ans et était considéré comme un choix de longue durée. C’est pourquoi la surprise fut grande quand le prince héritier Charles August mourut soudainement sur la selle de son cheval après seulement quelques mois à son nouveau poste. Les médecins déduirent que la cause de sa mort provenait d’une attaque, mais certains éparpillèrent la rumeur qu’un homme de l’ancien roi avait empoisonné le dauphin.
La situation après la mort du prince héritier fut rapide et plutôt chaotique et un niveau bas s’installa le 20 Juin. C’est alors que le corps du dauphin fut transporté à Stockholm pour son enterrement. Dans le cortège se trouvait entre autres le Maréchal Axel Von Fersen chargé de la cérémonie. Le Maréchal et sa soeur étaient dénoncés selon des faiseurs de rumeurs comme les empoisonneurs ayant tué le prince héritier. Quand le cortège arriva sur la place Kornhamstorg dans la vieille ville Gamla Stan, il fut surpris par une averse de pierres, la population tira Von Fersen hors du cortège et le maltraitèrent à mort. Bien que de nombreux soldats se trouvaient dans les environs il n’eût aucune aide. Stockholm était alors gouverné par la populace avant qu’une pluie réelle tombe pour refroidir les esprits. Désormais, les bons conseils étaient chers. Sans considérer le fait de mettre en ordre la capitale, il fallait résoudre le problème de succession au trône. C’est alors que le jeune lieutemant de vingt-neuf ans se présenta. Carl Otto Mörner usa de ses contacts pour avoir la possibilité de partir en mission en France pour informer Napoléon de la mort du dauphin. Dans sa mission, il y avait également une demande de l’opinion de l’Empereur concernant Fredrik Kristian, le frère du dauphin mort et favori pour beaucoup. Mais Möner avait une autre idée derrière la tête. Il voulait voir l’un des Maréchaux de Napoléon sur le trône de Suède. De cette façon, la Suède aurait enfin de bonnes relations avec la France, comme Mörner et d’autres pensaient être le pouvoir dirigeant en Europe dans les années à venir. Par la suite, Napoléon pourrait aider ses frères d’armes à reconquérir la Finlande de l’occupation russe.

La piste française qui mène à Örebro

Mörner avait été conseillé d’essayer avec Bernadotte auprès de ses amis français. Il avait une image positive du Maréchal depuis qu’il avait été fait prisonnier de Bernadotte à Pommer en 1806. Mörner s’arrangea pour rencontrer Bernadotte et réussit avec différents mensonges à avoir l’aide des envoyés suédois à Paris. S’il avait dit qu’il agissait de sa propre initiative, personne n’aurait été intéressé. Son plan fantastique réussit, en tout cas au début. Bernadotte était, comme on l’a dit précédemment, prêt pour autre chose et il reçut la permission de Napoléon à contre coeur de devenir prince héritier suédois.
Il restait à Mörner à expliquer à ses supérieurs pourquoi il avait promis la couronne du trône de Suède à un Maréchal français, alors que sa mission à Paris était d’informer que les suédois voulaient avoir un prince allemano-danois. Quand Mörner arriva le 12 Juillet, il raconta que Jean-Baptiste Bernadotte, Maréchal de France était désormais candidat potentiel au trône suédois. Ses supérieurs furent fous furieux et Mörner échappa à une arrestation à domicile. Alors qu’il était retenu à Uppsala, les états généraux ouvrirent en 1810 à Örebro. Le choix d’Örebro pour les états généraux étaient dû aux turbulences à Stockholm. Les états généraux devaient commencer un mois après les émeutes lors du meurtre de Von Fersen.
Le roi Charles vint à Örebro et son état de sa santé se dégrada à cause de l’habitation délabrée dans le château .Les autres membres habitaient à domicile dans plusieurs endroits de la ville et soudainement les prix doublèrent. Les états généraux étaient une très bonne affaire pour la ville. La réunion des états généraux se déroulant dans l’église Saint Nicolas avait des constructions temporaires pour pouvoir fonctionner comme une salle de parlement.
Les états généraux d’Örebro allaient principalement concerner la succession au trône. Puisque le pouvoir du roi était plus important à l’époque, il est facile de comprendre que la question était capitale. Le roi destitué Gustave Adolf avait fait la preuve des conséquences que pouvaient avoir un monarque incompétent. Il y avait cependant toujours un soutien important autour du duc Fredrik Kristian, le frère du dauphin. De plus en plus de personnes commençaient à penser à Bernadotte, mais cela semblait trop tard. Le roi usa aussi de ses compétences afin que l’élection rapide se fasse en faveur de son protégé Fredrik Kristian. Le 10 Août, tout semblait être conclu. Le jour suivant Fredrik Kristian devait être annoncé comme successeur au trône. Mais en dépit de son arrestation à domicile, le lieutement Mörner n’avait pas flemmarder. Lui et d’autres amis de Bernadotte avaient fait le nécessaire afin d’apporter plus de soutien à la France.
Le soir du 10 Août le Ministre des Affaires Etrangères Lars Von Engeström, qui était une des personnes les plus fortes du Gouverment, reçut un message de se rendre à l’auberge de Mosås, au sud d’Örebro. La personne désireuse de le rencontrer s’appelait Jean Antoine Fournier, un homme d’affaires français avec une longue expérience de la Suède. Il remit une lettre et un étui à cure-dents ayant une grande importance. L’étui contenait un portrait mignature de Madame Bernadotte et de son fils Oscar. Cela servit de pièce d’identité pour Fournier, mais la photo de la jolie famille était aussi une propagande incroyable. Fournier était incroyable pour mener des campagnes et usa de toutes ses ressources afin que Bernadotte soit choisi. Il promit d’être généreux et s’arrangea d’user de la presse de l’époque pour convaincre le plus possible de personnes. Lars Von Engeström avait aussi changé d’opinion avec Fournier et travaillait avec Adlercreutz pour réussir à convaincre le roi. Les quatre ordres eurent leur place au parlement. Les paysans furent attirés avec les grosses richesses que Bernadotte allait apporter, les bourgeois entendirent que Bernadotte était un descendant et qu’il allait favoriser le commerce, l’église était assurée que Bernadotte venait d’une famille protestante (ce qui était un mensonge), les nobles furent rassurés que la ferveur révolutionnaire s’était apaisée et que le candidat voyait la noblesse comme une partie importante de la société.
La campagne massive donna du résultat et le 21 Août les états généraux unis pouvaient prendre la décision de proposer la place de successeur au trône de Suède au Maréchal Bernadotte. Après cela, les membres célébrèrent cette décision avec une fête qui, en principe se poursuivit jusqu’au milieu de Septembre, quand l’annonce venant de Paris informa que le Maréchal acceptait l’offre et que même l’Empereur Napoléon donnait son consentement. Cela donna une raison pour plus de fête et quand les états généraux se fermèrent au milieu du mois d’Octobre, de nombreux parlementaires avaient besoin de quelques semaines de repos.

Si pas Bernadotte…?

Pourquoi un maréchal français révolutionnaire fut choisi?


Comme nous l’avons vu, la vie de Bernadotte n’est pas faite de lignes droites, du titre de Maréchal français révolutionnaire à celui de royaliste successeur au trône. Là, il y avait des intérêts et des intéressés variés derrière. La plupart de ceux qui soutenaient Bernadotte le faisaient car ils devaient garantir une bonne relation avec Napoléon. La réalité fut tout autre et c’est tant mieux, quand on pense à l’évolution de l’Europe. Bernadotte avait une idée unique, qu’il n’est pas possible d’espérer des politiciens suédois. Mais, il s’en est fallu de peu pour que Bernadotte reste seulement Maréchal français. Si Fournier était arrivé vingt-quatre heures plus tard à Mosås, l’histoire suédoise aurait été totalement différente. Quelles étaient alors les options? Nous allons faire une courte rétrospective des autres candidats.

Quels intérêts se cachaient derrière ?

Le candidat le plus proche pour prendre le trône était sans hésitation le duc Fredrik Kristian de Holstein Augustenborg, en raison de sa popularité en tant que frère du dauphin juste mort. Le chef de la révolution Adlersparre était en sa faveur et il réussit rapidement à convaincre le roi Charles, qui était un homme voulant éviter les nouveautés fatigantes. Dans l’enthousiasme général pour la famille, il y en avait peu qui réfléchissait aux capacités personnelles du duc. Il était décrit comme un homme à l’apparence faible, avec des traits caractéristiques comme la vanité, l’irritabilité et l’indétermination. Le duc n’avait pas de dons particuliers mais était plus intéressé par les questions d’éducation, un domaine où il devançait son époque. En comparaison avec le roi renversé, c’était une amélioration, même dans tous les cas.
Un autre candidat qui aurait dû avoir le support de quelques-uns était un garçon dont le nom ne devait pas être mentionné. Il s’agissait du fils de Gustave Adolf, le prince Gustave âgé de dix ans. L’élection aurait dû avoir du succés auprès de la population, qui de tradition, soutenait la maison royale, mais le petit prince était un choix impensable pour Adlersparre et les autres « hommes de 1809 ». Il est facile de comprendre qu’ils préparaient une vengeance future et les problèmes politiques qu’ils voulaient rectifier étaient toujours présents. Le prince destitué fut ensuite appelé « Prince de Vasa » et fit carrière comme officier autrichien.
Le troisième candidat était le favori de Napoléon parce qu’il avait rendu possible une union des pays nordiques tumultueux. Que le prince Fredrik du Danemark devienne le successeur suédois au trône était plus que souhaité par un groupe particulier.
Pour la plupart il s’agissait plus d’un cauchemar, même si celui-ci prenait des formes différentes selon qui était le rêveur. Pour le suédois moyen, le Danemark était l’ennemi héritier ayant déjà battu le pays une fois. Pour ceux qui fréquentaient le roi Fredrik, ils remarquèrent des ressemblances avec le monarque qu’ils venaient juste de destituer. Il était obstiné, étroit d’esprit, et avide de pouvoir, il avait de bonnes capacités pour exercer dans un Danemark absolutiste.
De plus, il avait une capacité incroyable de supporter le mauvais cheval en matière de politique étrangère. Encore une ressemblance que les membres du parlement suédois ne voulaient pas voir se reproduire.
Un candidat un peu plus original, qui en réalité ne fut jamais actuel, était Eugène de Beauharnais, le fils de la première femme de Napoléon, Joséphine. Il avait été formellement adopté par Napoléon et était nommé comme prince français et viceroi d’Italie. C’était un jeune-homme habitué à tout recevoir sur un plat mais il était considéré comme l’un des officiers et aide les plus capables de Napoléon. Il se maria avec la maison royale de Bavière et sa fille-ainé Joséphine se maria avec le fils de Bernadotte, Oscar, le futur roi Oscar Ier. Un membre de la famille de Beauharnais accéda ainsi au trône de Suède, même si Eugène de façon diplomatique avait refusé
la première tentative. Il est possible de réfléchir sur le fonctionnement pratique des choses, s’il avait également dû être adopté par Charles XIII, bien qu’il ait déjà été adopté par Napoléon.
En dehors des candidats prévus d’autres noms circulèrent, par exemple le duc Peter de Oldenburg, cousin du roi Charles, et divers noms de Maréchaux français, mais au final, la décision fut prise grâce à la propagande faite par un homme d’affaires français au moyen d’un étui à cure-dents.
• Est ce que l’histoire de la Suède aurait été différente si l’un de ces candidats avait été choisi et dans ce cas de quelle façon ?
• Discuter les différences et les ressemblances entre l’élection de Bernadotte et les élections présidentielles aujourd’hui.
• Le pouvoir dirigeant appartenait toujours au roi mais il était obligé de recevoir le consentement des membres du Gouvernement. Le Gouvernement se composait de neuf membres officiellement nommés par le roi.
• Le pouvoir de percevoir les taxes appartenait uniquement au parlement
• Le pouvoir législatif était partagé entre le roi et le parlement et chacun disposait d’un droit de véto absolu. En d’autres mots aucun d’entre eux ne pouvait faire de lois sans le consentement de l’autre. Les réformes constitutionelles ne pouvaient se faire qu’après la décision de deux mandats parlementaires. Le parlement devait se réunir tous les cinq ans.
• Le pouvoir judiciaire devait être « indépendant sous les lois mais pas indépendant des autres ». Le jugement devait être donné par un juge qui ne pouvait pas être inculpé, pour garantir au juge son pouvoir sans avoir besoin d’être inquiet pour son avenir.
A part les quatre pouvoirs séparés, il fut également décidé quelques droits et libertés fondamentaux. Il s’agit de :
• La liberté de conscience
• La sécurité pour les personnes et les biens
• La liberté d’expression et de la presse (au début juste comme un droit général, précisé sous 1809, 1810 et 1812)
• La liberté de religion (ce qui veut dire la liberté de participer à la messe chaque dimanche et de communion). La liberté totale de religion fut reconnue pour les citoyens suédois en 1951, quand il fut autorisé de partir de l’Eglise suédoise sans avoir besoin d’en rejoindre une autre.
• Le droit au travail, ce qui signifie que chaque homme avait en principe le droit d’avoir n’importe quel travail. Avant cela, certaines fonctions ou services étaient réservés uniquement à la noblesse.

La nouvelle et moderne Constitution

Le 1er Mai 1809, les Etats Généraux se sont réunis pour la première fois en neuf ans. Environ un mois plus tard, le 6 Juin, une nouvelle Constitution fut adoptée, préparée par le parlement. C’est pourquoi nous célébrons notre fête nationale le 6 Juin. Cette prestation était impressionnante mais un si bon travail avait été fait qu’il faudra attendre plus de cent-soixante ans avant d’avoir une nouvelle Constitution. En dépit de son origine sous la révolution suédoise, cette nouvelle Constitution n’était pas aussi radicale que l’on pourrait pu l’imaginer. Ce fut un triomphe pour ceux qui voulaient avoir de la stabilité et un changement lent et progressif. Le travail pratique fut mené par une commisison constitutionnelle, une expression qui existe encore aujourd’hui.
La Constitution était vue comme très moderne quand elle parut, ce qui contribua à son utilisation sur une si longue période. Bien sûr elle avait été revue et ajustée mais les fondements étaient en tout cas les mêmes. Ils reposaient sur les idées du philosophe français Montesquieu en matière de séparation des pouvoirs, combinés avec la tradition suédoise concernant les lois et les décrets. La séparation des pouvoirs devait être un équilibre pour la société entre le roi, le parlement et le peuple. Tout le pouvoir ne devait pas être concentré sur une institution, un changement radical par rapport à l’absolutisme précédemment utilisé. Quatre pouvoirs différents allaient diriger la société. La frontière devait être distincte entre les quatre pouvoirs et ils devaient être compensés. Celui qui devait contrôler les différents pouvoirs était l’ombudsman de la Justice (JO). JO était une nouvelle et unique fonction qui impliquait une progression claire du processus démocratique.

Le Prince successeur Charles Jean

Sur la route vers la couronne


Le nouvellement élu prince à la succession dût attendre la décision jusqu’au 4 Septembre 1810. Le messager était Gustav Mörner, le même homme qui était prisonnier du Maréchal Bernadotte à Pommer en 1806. Il était également le cousin de Carl Otta Möner, l’homme qui de sa propre initiative proposa la couronne suédoise à Bernadotte. Ce plan tiré par les cheveux allait enfin se réaliser. Le consentement de Napoléon était, en partie, nécessaire car Bernadotte était citoyen français, que l’Empereur était l’homme le plus fort d’Europe et qu’il était intelligent de ne pas l’irriter. Napoléon approuva mais exiga que Bernadotte jure de ne jamais lever ses armées contre la France. Celui-ci refusa et Napoléon se résigna sans protester. Cette rencontre fut leur dernière. Ils s’aperçurent une fois, comme commandant sur le champ de bataille, chacun de leur côté, lorsque Bernadotte leva les armes contre la France.
Le dernier jour de Septembre le prince successeur quitta Paris en compagnie de Gustav Mörner. Madame Bernadotte et le nouveau prince Oscar devaient les rejoindre plus tard. Le 19 Octobre, Bernadotte arriva à Helsingör où il était attendu par l’archevêque qui voulait avoir l’affirmation que Bernadotte était interréssé par la voie luthérienne. Renoncer à ses convictions catholiques n’était pas chose difficile surtout quand on a à peine eu de croyance. De la même façon que les anciens républicains de France, il voyait Dieu et l’Eglise comme les restes primitifs d’une époque passée et différente. Mais il ne dévoila pas ses pensées à l’archevêque...

Le nouveau pays

Le jour suivant Bernadotte fit ses premiers pas sur le territoire suédois. Cela eut lieu à Helsingborg et le nouveau prince successeur se présenta à la foule rassemblée par un beau discours pour remercier de cette confiance qui lui était accordée. Les jours suivants il continua son voyage vers Stockholm et fit une entrée solennelle pour rencontrer ses sujets. Cela aurait dû avoir lieu le 1er Novembre qui était également le jour de l’anniversaire de Gustave IV Adolf. Bernadotte proposa donc que l’entrée officielle soit repoussée d’un jour pour éviter de provoquer ceux qui voulaient garder le roi destitué.
La réunion avec les gens de Stockholm fut un succés. Les foules acclamèrent le prince successeur qui s’approchait du château. Sa première réunion allait se dérouler à ce moment avec le roi Charles XIII, son nouveau père adoptif. Tout commença de façon plutôt engourdie, mais bientôt Bernadotte charma le roi et la plupart des autres présents. Lors de la cérémonie dans la salle nationale le 5 Novembre, l’accord fait à Örebro fut confirmé. Jean-Baptiste Bernadotte fut adopté par le roi Charles et changea de nom pour prendre celui de Charles-Jean (Karl Johan) qui était plus suédois. Sa bonne façon et son énorme éloquence, accompagnées de son regard, firent que l’accoutumance au pays étranger se déroula simplement et facilement pour Charles-Jean. Une aide importante était certaine car beaucoup de personnes à la Cour parlaient français. Bernadotte lui-même n’apprit jamais le suédois, même après trente ans dans le pays et en dépit des inconvenients clairs que cela entrainait.
Le prince successeur prit rapidement la charge des missions royales qu’avaient Charles XIII. Le roi malade et faible était heureux de pouvoir être débarassé. Désormais il ne manquait plus que la princesse Desideria, que les suédois décidaient d’appeler Désirée la femme de Bernadotte. La fille du marchand de soie de Marseille avait fait un parcours social aussi long que son mari. Elle n’avait pas sa faculté d’adaptation. Quand elle vint en Suède en Janvier 1811 elle devint rapidement impopulaire par les plaintes sur les façons suédoises. Elle arriva à Stockholm avec une température de moins 24 degrés, une expérience plutôt choquante. Elle rentra à son cher Paris après moins de six mois et il faudra attendre douze ans avant qu’elle revienne. Son fils de onze ans Oscar resta à Stockholm et communiqua avec sa mère par lettres.
Charles-Jean fut rapidement accepté par sa nouvelle population et prit un rôle central dans le royaume. Quand le roi, au printemps 1811, fut pris d’une attaque, Charles-Jean entra en fonction en tant que régent. Selon la nouvelle loi constitutionelle, le Gouvernement devait prendre les charges dans une situation telle que celle-ci, mais le prince les convint de faire autrement. Il avait un peu de mal avec l’inertie démocratique que la nouvelle constitution exigeait. D’après Charles-Jean, elle était un obstacle à une gouvernance effective, qui en pratique impliquait qu’il avait le pouvoir de décision et que le Gouvernement exécutait.

De retour à Örebro

Pendant le printemps 1812, les nouveaux Etats Généraux devaient se rassembler, même s’il ne s’était juste écoulé que deux ans depuis les derniers. Ils se réunirent une deuxième fois à Örebro, en partie à cause de la crainte d’une émeute et d’un attentat, mais aussi pour s’éloigner des agents français et danois qui essayaient d’influencer les membres. La petite ville d’Örebro était beaucoup plus facile à contrôler. Pour les citoyens étrangers, il fallait disposer d’autorisation spéciale pour avoir la possibilité de rentrer dans la ville. Parmi ceux qui détenaient une autorisation des envoyés anglais, russes et autrichiens suivirent jusqu’à Örebro pour poursuivre des négociations plus ou moins secrètes concernant une alliance contre Napoléon. L’ancien Maréchal français Bernadotte était sur le point de diriger la politique étrangère de la Suède. Beaucoup espéraient et croyaient qu’il allait mener la Suède à une alliance avec Napoléon, que l’on pensait invincible. Mais Charles-Jean en savait plus que cela. Il avait vu comment l’Empereur devenait de plus en plus isolé et perdait le contact avec son peuple fatigué par toutes les guerres. Comme tous les despotes, il se refusait à écouter les autres et redoutait avec raison un attentat.
Charles-Jean voulait à la place faire une alliance avec la Russie, un partenaire qui n’était pas vraiment populaire en Suède. D’un côté, c’était un ennemi traditionnel de la Suède, de l’autre il n’y avait que quelques années découlées depuis que la Russie avait envahi la Finlande. Le prince successeur n’avait aucun plan pour essayer de reprendre la Finlande mais il se tournait plutôt vers la Norvège. Le pays appartenait toujours au Danemark, ennemi héréditaire et allié avec Napoléon. Est-ce-que la Norvège pouvait être détachée du Danemark? La Suède devait éviter une menace par l’ouest. Dans le cas contraire, des forces devaient être en place le long de la frontière pour stopper l’invasion de l’ennemi danois.
Les Etats Généraux d’Örbero avaient été organisés pour traiter quelques questions spéciales méritant une solution rapide. En tout cas, il s’agissait des finances de l’Etat qui étaient toujours en mauvais état. L’inflation était jusqu’aux nues et le blocage de Napoléon pour le commerce avec l’Angleterre touchait fortement la Suède. Pour pouvoir remettre l’armée en à un niveau raisonable après les années de déchéance il fallait une taxe de guerre spéciale. L’armée avait besoin également de se renforcer en nombre et pour Charles-Jean, il fallait proposer la mise en place d’un service militaire obligatoire pour tous les hommes entre 20 et 25 ans. De plus un renfort de l’apanage des princesses et du prince Oscar, était nécessaire, c’est-à-dire en principe leurs salaires.
La dernière question pour les Etats Généraux d’Örebro de 1812 concernait les attentes à la liberté d’expression. Charles-Jean ne voyait aucun avantage à la liberté de la presse et voulait avoir la possibilité de l’arrêter s’il considérait les écrits inopportuns. A cela il reçut une opposition réelle mais finalement une loi fut prise sur la possibilité de modifier les écrits qui « causaient un danger pour la sécurité générale » ou « blaissaient le droit personel ». Ces formules assez larges seront ensuite utilisées régulièrement par le Gouvernement. La liberté totale d’expression sera donc d’une courte période. Que cette proposition soit acceptée dépendait des arguments logiques que les négociations en matière de politique étrangère devaient être secrètes. De là, la liberté d’expression commença à s’effriter par les coins, et la censure augmenta facilement.

Les dernières batailles de Napoléon

Charles-Jean a dût être satisfait par les premiers Etats Généraux. Toutes ses propositions furent admises sans grand changement. Il avait en réalité reçu l’aide de son ancien antagoniste Napoléon. Au milieu de la réunion parlementaire parvint la nouvelle que Napoléon s’était retourné vers la Russie. Il était sur la route de l’est avec son armée qui se composait de 550 000 hommes et 140 000 chevaux. Cela allait être une épreuve de force définitive. S’il réussissait à vaincre la Russie sur son propre territoire, Napoléon deviendrait alors imbattable, un des plus grands chefs militaires et souverains. S’il échouait, il n’y avait pas de voie en arrière.
Charles-Jean décida que Napoléon devait échouer. Les discussions se poursuivirent avec d’autres pays qui étaient contre Napoléon. Après la marche en Russie, de nouvelles négociations commencèrent et le 18 Juillet un traité de paix fut formellement signé avec l’Angleterre et la Russie. De là les conditions étaient plus réalistes pour une alliance contre la France. Ce fut un automne rempli de réunions, de discussions et de prises de positions. Pendant ce temps, les choses avançaient pour Napoléon comme pour d’autres conquérants possibles. Il conquit et conquit mais en fin de compte fini par perdre contre la combinaison spéciale russe du climat et de la géographie. La Grande Armée prit Moscou mais quand l’hiver russe arriva il n’y avait plus de nourriture et il était interminablement loin pour rentrer. Pendant le printemps 1813, les restes de la plus grande armée revinrent. Moins de 50 000 personnes rentrèrent des campagnes russes.
Désormais il ne restait qu’à mettre un point final au premier empire. Mais Napoléon pensait vendre cette place à un prix cher. Il réussit contre toutes les attentes à réunir une armée de 200 000 hommes. Contre lui, il avait une grande coalition entre la Russie, l’Autriche, la Prussie, et la Suède en tête. Lors de la bataille à Leipzig en Octobre 1813, le destin de Napoléon fut confirmé. Un des commandants de l’autre côté était son ancien Maréchal Bernadotte, qui selon son habitude arriva en retard et manqua la bataille. Il ne négligea cependant pas de s’attribuer l’honneur de cette victoire, ce qui irrita ses frères de front, particulièrement les prussiens qui en avaient pris la charge avant son arrivée.
Après Leipzig, l’étape suivante était la France. Napoléon fut obligé de démissionner et envoyé en exil sur l’ile d’Elbe en Méditerrannée. Il fit une visite retour plutôt courte (connue sous le nom des cent jours de Napoléon) en 1815 mais son époque était passée. Cette fois il fut exilé sur l’ile Sainte Hélène au sud de l’Atlantique, où il mourut quelques années plus tard.

Pommer contre la Norvège

Son vieil adversaire Bernadotte faisait partie des vainqueurs et de ce fait il pouvait faire entendre ses exigences répétées concernant la Norvège. Le Danemark, parmi les vaincus était donc obligé de céder la Norvège lors du traité de paix signé à Kiel en Janiver 1814. A la place, les danois prirent la possession de Pommer, la dernière place de la puissance suédoise dans la partie sud de la mer baltique. Cet endroit avait été occupé par la France depuis 1812 et Charles-Jean voyait ça comme une grosse perte, la défense coûtait plus qu’elle ne rapportait .
Les Norvégiens étaient cependant plus ou moins intéressés d’être menés par la Suède. Ils voulaient au contraire devenir indépendants et lors de la réunion à Eidsvoll le 17 Mai de la même année, ils prirent une constitution et décidèrent de prendre un prince danois comme roi. Les suédois relevèrent le défi et après une guerre qui dura à peine trois semaines la Norvège se résigna. 400 hommes moururent lors de cette guerre des deux côtés. Le résultat fut qu’une union donna une grande indépendance à la Norvège mais avec un roi commun. L’union entre les pays durera presque 100 ans avant d’être rompue de façon passive en 1905.
• Pourquoi la liberté d’expression est importante pour la démocratie ? Donner des motifs
• Présenter les avantages et les inconvénients de l’union entre la Suède et la Norvège.
• Avant que l’union soit rompue en 1905 la guerre entre les deux pays a été plusieurs fois proche. Pourquoi croyez-vous que la Norvège voulait sortir de cette union ?

« L’amour de mon peuple est ma récompense »

Charles XIII meurt en Février 1818 après une longue vie pas spécialement heureuse. Il ne voulait pas en réalité être régent mais dût prendre les fonctions, une première fois pour son frère malade et une seconde fois pour l’expatriation de celui-ci, avant qu’il adopte un français d’âge moyen pour assurer la succession au trône. Cet homme français fut couronné en Mai 1818 en tant que roi sous le nom de Charles XIV Jean. De là le premier membre de la dynastie Bernadotte montera sur le trône de Suède.
La période en tant que roi fut assez longue et sans grands évènements, si on la compare à celle du règne de prince successeur. Mais durant cette période les bases de la Suède moderne furent mises en place, parfois avec le consentement du roi, parfois sans. Assez rapidement le nouveau roi fut obligé de prendre des réformes importantes. Les libéraux se battaient contre les conservateurs du parlement mais aussi lors des débats d’opinion et dans la presse. La forme moderne de faire de la politique allait se mettre en place. Charles-Jean avait du plaisir dans une politique moderne. En réalité, les choses auraient été plus simples si un petit groupe avait le droit de décider, le mieux bien sûr s’il avait pu décider lui-même. Avec l’âge, ce vieux républicain devint de plus en plus conservateur, mais il avait assez de respect pour les années de la constitution 1809 pour ne pas essayer de trop l’influencer.

La liberté de la presse a son pour et contre

Charles-Jean avait un regard méfiant envers la presse dont la liberté était vue comme une menace. Tout fut compliqué naturellement par le fait qu’il n’apprit jamais le suédois et était, en conséquence obligé de faire confiance en ceux qui traduisaient les articles de presse. Il utilisa lui-même la presse, ce qu’il avait appris durant ses conflits avec Napoléon. La méthode ordinaire était de donner une subvention aux journalistes, qui en théorie, étaient indépendants. Un des premiers engagements devait inspiré des doutes pour le futur. Il s’appelait Charles August Grevesmöhlen et était un génie journalistique se laissant entrainer par sa propre réusiste. Pendant les quinze premières années de sa vie, Grevesmöhlen était juriste dans le secteur public comme homme de corps pour devenir directeur adjoint aux services des douanes de l’époque. Il fut suspendu pour des fautes de services et il riposta. Il eût beaucoup de chance avec le droit d’expression.

Problème no 1 : Grevesmöhlen

Bientôt des publications de la main de Grevesmöhlen coulèrent à flots. Il se fit appeler « l’empereur de la populace » quand il prit l’honneur de ses ennemis et eût une influence politique importante, en premier lieu parmi l’ordre des paysans. Mais Grevesmöhlen jouait un double jeu avancé. Déjà en 1810, il était informateur pour la police secrète et devint leur chef.
En revanche, tous les procès le concernant furent supprimés. Le prince successeur de l’époque Charles-Jean surnomma Grevesmöhlen « mon bouledogue » pouvait être lâché contre les opposants. Le début de la fin de l’agent secret de Charles-Jean fut le conflit fatal avec le baron Johan Ludvig Boye. Cela concernait l’économie nationale, mais rapidement on en arriva à une attaque personnelle. Les publications et contrepublications pleuvaient. Tout le pays était engagé et prenait partie. A la fin tout le monde en eut marre. La cour d’appel jugea Boye à un an dans une prison fortifiée alors que Grevesmöhlen fut expatrié en Norvège.

Problème no 2 : Lindeberg

Même l’homme de mains Anders Lindeberg appartenait pendant une période au cabinet secret des écrivains de Charles-Jean. Les relations avec le roi et la cour dégénérèrent quand Lindeberg voulut monter son propre théâtre. Il réalisait les obstacles et considérait que le Théâtre Royal avait un monople. Les doutes sur le théâtre se développèrent rapidement jusqu’à une affaire juridique qui engagea toute la Suède. Les écrits de Lindeberg eurent pour conséquence sa condamnation pour crime contre la majesté. La sentence était connue: la décapitation. L’idée était qu’il devait être grâcié, être reconnaissant et garder une ligne correcte. En refusant la grâce qui lui était proposé il vaincut tout le système. Considérant l’opinion, il aurait été impossible d’éxécuter Lindeberg. Au lieu de cela Charles-Jean fut contraint de donner une amnestie générale pour ce genre de crime. Lindeberg fut forcé de sortir de prison contre sa volonté, bien conscient que son avantage disparu. Plus tard il lança un théâtre qui en deux ans le ruina.

Problème no 3 : Crusenstolpe

Magnus Jacob Crusenstolpe avait également des affaires financées par le roi. En 1830, Crusenstolpe lança son journal la Patrie, qui trois ans plus tard finit au centre des dettes, là où on atterrit quand on ne peut pas faire face à ses dépenses. Bien que le roi intervint et le relèva de ses dettes, Crusenstolpe se retourna contre lui. En 1838, Crusenstolpe se rendit même coupable de crime contre la majesté et fut puni de trois ans au fort. Il avait alors reçu une position de héros du peuple et sa punition fut le début de ce qu’on appela les émeutes de Crusenstolpe qui se déroulèrent pendant plusieurs jours. Stockholm était aux bords de la révolution et deux personnes moururent avant que tout redevienne calme. Crusenstolpe dut purger sa peine mais continua par la suite avec ses critiques contre le roi et l’ensemble du régime.

Problème no 4 : Hierta

Charles-Jean n’avait absolument pas confiance dans la presse et il essayait de plusieurs façons de prendre l’initiative. Celle de payer les écrivains ne donnait pas de résultats garantis et avait dans certains cas des effets négatifs. Une autre mesure possible était la suppression, une possibilité qui avec le temps livrait une ombre ridicule sur soi. Le droit de suppression prit pendant les Etats Généraux de 1812 signifiait que le Gouvernement avait le droit d’annuler et de retirer les publications avec un contenu « faux ». Cette possibilité fut utilisée de façon ordinaire, mais les médias trouvèrent bientôt une méthode pour régler le problème. Le journal et les publications prirent un nouveau nom ressemblant à l’ancien, et pouvaient à nouveau sortir et irriter le Gouvernement. De cette façon, le brillant journaliste Lars Johan Hierta se lança avec le « 26e Aftonbladet » avant que le régime en 1838 renonce à la suppression et donna à la presse une chance en moins de mettre en avant les martyres de la liberté de parole.

Neutralité: une nouveauté

En 1834, une guerre entre l’Angleterre et la Russie était tellement proche qu’elle menaçait. L’explication de neutralité que Charles-Jean fit publier était une action pionnière. Elle signifiait que la Suède promettait de rester neutre, de n’apporter son aide à aucune des parties en conflit, aussi longtemps que la Suède n’était pas envahie par une des parties. Cette fois-ci, il n’y a pas eu de guerre mais l’explication de neutralité devint classique. Pour certains, elle est vue comme la base pour la neutralité suédoise qui à son tour est une condition pour notre longue période de paix.

Le quotidien avec Charles-Jean

L’attachement à la langue française eut pour effet que le cercle des relations Charles-Jean était limité. Ses favoris prirent beaucoup de place et la plus grande fut occupée par le comte Magnus Brahe qui, avec le temps, traduit la volonté du roi et celle du peuple. Brahe fut la victime de furieuses attaques et fut obligé de se résigner en 1814 comme adjudant général de l’armée. De là, la base de sa situation disparut au régiment et il fut forcé de se retirer.
« Le vin est mauvais, les gens sont sans tempérament, et le soleil sans chaleur ». Ce sont les mots que le nouveau prince successeur élu écrit dans une lettre sur ses impressions sur le nouveau pays du nord. Il réussit à trouver des solutions pour rendre le quotidien plus supportable. Ce que ses ennemis baptisèrent «le régiment de la chambre» était par exemple pour lui éviter de se lever dans une chambre froide le matin pour mener le pays. Il pouvait avoir des visites et recevoir des commissions.
Magnus Brahe avait un rôle central à jouer, en choisissant ceux qui pourraient rencontrer le roi dans sa chambre.
Le coquetier avec l’oeuf était une seconde période d’adaptation, devenant une tradition visible encore aujourd’hui, par exemple pour le repas du prix Nobel. Le coquetier devait toujours être présent à la place du roi, au cas où aucun plat ne lui plaise. Cela arriva peu souvent. Bernadotte détestait la cuisine suédoise, avec de la viande grasse et salée ou du poisson avec de l’eau de vie (schnaps) comme boisson accompagnant le repas. Le repas devait mijoter longtemps, éventuellement avec un bon goût. Quelques exceptions existaient cependant à la nourriture suédoise misérable. Le champignon Charles-Jean (Karl Johan) que l’on dénommait avant cèpe prit ce nom aujourd’hui car Bernadotte l’aimait beaucoup. Le suédois moyen était plutôt sceptique, le champignon était de la nourriture pour les bestiaux.
Bernadotte peut être qualifié de précurseur pour la cuisine suédoise, même s’il fallut du temps avant que ses idéaux firent de l’effet. Aujourd’hui la cuisine Bernadottiste est considérée comme moderne. Beaucoup de poisson et de poulet, beaucoup de légumes, même si beaucoup ne se trouvent pas dans la cuisine suédoise, comme par exemple les asperges ou les artichauts. Il ordonna l’importation de caviar russe, de chocolat, de fromage de roquefort, de pistaches et autres nécessités de la vie.
• Discuter les relations pouvoir et média
• Même si vous avez la liberté de la presse est-il toujours bien de publier tout ou y-a-t-il des domaines où d’autres intérêts passent en priorité ?

« Personne n’a accompli un parcours comme le mien »

Quand l’ancien sujet français Jean-Baptiste Bernadotte, devenu le dirigeant suédois Charles XIV Jean rendit l’âme au château de Stockholm le 8 Mars 1844, le monde et la Suède ressemblaient à autre chose par rapport à l’époque de sa naissance environ 81 ans auparavant. Dans le monde, la révolution américaine et française avait changé les règles du jeu et renouvelé les idéaux. L’industrialisme avait percé sur un large niveau. Les machines à vapeur et les lampes à gaz commençaient à faire partie du quotidien. Sur le continent, les voies de chemin-de-fer existaient déjà, une nouveauté qui mettra douze ans pour arriver en Suède.
En Suède, une augmentation de la population comme jamais auparavant allait demander d’autres conditions. « La paix, le vaccin et les pommes-de-terre » sont considérés comme les causes de l’accroissement rapide de la population, ce qui veut dire une paix de longue durée, une meilleure hygiène et médicaments ayant les pommes-de-terre comme nourriture de base. Sous l’époque de Charles-Jean, de nouvelles cultures se développèrent pour nourrir tous les citoyens. Il y eut également une migration de la population vers les villes et certaines régions commencèrent déjà à cette époque à se dépeupler.

Un homme un style

Dire que Charles-Jean est une icône de style est peut être exagéré. Malgré tout, il eût un style qui porta son nom. Ce que la Suède va appeler le style Karl Johan a son origine dans le style français dénommé « à la grecque », avançant les ornements classiques de l’ancien temps, de la Grèce antique et l’Empire romain. Le tissu était un composant très important de décoration, Napoléon voulait pousser le développement de l’industrie de la soie pour lancer l’économie française.
La forme devait signifier une splendeur cérémoniale et une utilisation superflue de tissu. L’idée de créer une sorte de tente à l’intérieur des maisons devint très populaire. La campagne de Napoléon en Egypte donna naturellement plus d’inspiration et augmenta l’intérêt pour le style.

Quelques nouveautés

La lampe à gaz : elle fut introduite au XIXe siècle, mais mit du temps à se développer. L’une des premières utilisations de la lampe à gaz a été effectuée au château de Karlslund à l’extérieur d’Örebro. C’est aux alentours de 1830 que le propriétaire Carl Henric Anckarsvärd succomba à cette modernité. La lampe à gaz à Karlslund était la première en dehors de la capitale. Il faudra attendre jusqu’en 1850 pour qu’elle soit utilisée de façon générale.
Le chemin de fer : En 1825 la première voie de chemin de fer est inaugurée. Elle allait de Stockholm à Darlington au nord de l’Angleterre. Une compétition avait été organisée auparavant pour introduire la meilleure locomotive. L’ingénieur suédois John Ericson y participa, mais la pompe à vapeur explosa. Il fallut du temps avant que le chemin de fer vienne en Suède, sûrement à cause de la géographie du pays vue comme un obstacle. Ici, il y a beaucoup de montagnes, de forêt, et d’eau, le pays est allongé et les hivers longs et froids. Le fils de Charles XIV Jean, Oscar Ier, était un fervant du chemin de fer et la première voie fut inaugurée sous son époque. En 1856, la voie allait de Nora à Ervalla.
Le bateau à vapeur :le premier bateau à vapeur suédois fit son baptême en 1818. Le bateau s’appelait Amphitrite et fut construit par Samuel Owen, un constructeur anglais et un industriel qui habitait en Suède. Beaucoup de gens rirent de son invention mais rapidement plusieurs villes suédoises furent reliées par des lignes de bateau à vapeur. Au début ils marchaient avec une roue mais Owen travaillait sur le développement d’une turbine à hélice. Au final Johan Ericson réussit avant lui en 1836 à poser une patente sur les hélices pour le fonctionnement des navires.
La montgolfière :Elle fut découverte à la fin du XVIIIe siècle, Bernadotte fut un pionnier à l’utiliser pour un usage militaire. En 1795, il essayait d’avoir, grâce à la surveillance en ballon, une meilleure connaissance de l’emplacement de ses ennemis. L’année d’avant, la montgolfière avait été utilisée dans un domaine militaire pour la première fois par des français, dans une bataille à laquelle Bernadotte participa. Il fut intéressé par cette possibilité et fut le premier général transporté en ballon. L’envol dura 20 minutes et Bernadotte ne fut pas vraiment impressionné. Le ballon était trop gros et une cible trop facile pour ses ennemis pour pouvoir être utilisé sur la ligne de front.
Le canal Göta :Il fut construit dans son entier sous Charles-Jean en Suède. Il fut commencé en 1810 et achevé en 1832. Grâce à la construction du canal, 400 kilomètres de voies d’eau dont environ 90 kilomètres furent creusés et percés. La force de travail représente 58 000 soldats accomplissant ensemble 7 millions de jours de travail. La construction du canal a coûté très chère et représente avec les valeurs actuelles 14 milliards de couronnes suédoises. Le canal a raccourci la voie d’exportation suédoise et les douanes danoises prenant un droit sur tout ce qui passait par Öresund furent évitées de cette façon.
Le télégraphe :Le télégraphe optique fut découvert par les français dans les années 1790. Il fut rapidement utilisé par l’armée qui en voyait les avantages de l’information rapide. Le télégraphe avait un rôle non négligeable à jouer dans les victoires françaises lors des guerres. Par exemple concernant l’efficacité, un message pouvait être envoyé de Paris jusqu’à Calais, à 230 kilomètres, en 4 minutes et 5 secondes ! Avant cela la façon la plus rapide était le coursier à cheval. En Suède, le premier télégraphe optique fut construit au début du XIXe siècle et utilisé entre les années de guerre de 1808-1809. C’est peut-être les conséquences négatives de la guerre qui auront pour effet que le télégraphe fut oublié pendant près de 30 ans. A l’initiative de Charles-Jean la rénovation et l’agrandissement du système suédois en 1836 a eu une grande utilisation dans les années suivantes.
De nombreuses influences suivirent Bernadotte de France, mais le style empire arriva avant Jean Baptiste en Suède. Pourtant le style portera le nom de Charles- Jean. Ce n’était même pas le seul style qui se développa à cette époque en Suède.
Mais pourquoi donner son nom à ce style? Si l’on veut être pointilleux, le style suédois Charles-Jean n’est pas seulement transféré du style empire français, un élément allemand appelé le style Biedermeier, accentue le confort du petitbourgeois, et en même temps un côté anglais gothique et naturaliste vient compléter. L’impact de Charles-Jean pour rendre populaire l’empire français fut le petit château de plaisance à Rosendal, juste à l’extérieur de Stockholm. Ce château est vu comme le meilleur exemple et le plus beau du style en Suède. Celui qui mit en pratique les désirs de Charles-Jean était Fredrik Blom, un homme combinant les fonctions d’officier, d’architecte et de professeur. Cela parait sûrement bizarre, mais les formations d’officier à cette époque inséraient des cours en construction et en dessin. La version suédoise du style empire était plus douce et simple que la version française. Quand Napoléon fut en face de son destin à Waterloo, le style aboutit à une forme moins formelle. Il se concentra sur des meubles plus confortables et sur une plus grande liberté d’ameublement, n’obligeant en rien à placer ces meubles le long des murs. Les meubles devaient être de préférence en marronier, mais avec le temps d’autres bois furent utilisés comme le bouleau ou l’érable. Des motifs fleuris naturels se développèrent et remplacèrent les ornements classiques de la Grèce ancienne.

Oscar et l’héritage

Le nouveau roi s’appelait Oscar et avait dès le début charmer la population suédoise. Il avait onze ans quand il arriva en Suède et, à la différence de son père, il apprit rapidement le suédois. Oscar reçut une bonne éducation et se développa pour être un jeune homme populaire avec de fortes idées libérales. Sa popularité et son libéralisme plaisaient à son père qui gardait son fils à l’écart des projecteurs. Sa célébrité était appréciable mais les lumières devaient être pour le roi. Quand Oscar Ier devient roi le libéralisme monte sur le trône et de nombreuses réformes importantes vont être prises, en particulier dans le domaine pénitencier, un secteur qui tenait à coeur au roi Oscar.
A quoi ressemble donc l’héritage après Charles-Jean et quel rôle joue-t-il sous le XXe siècle ? Une chose est que l’histoire de sa vie est un conte, où un simple homme du peuple finit sur le trône. Il écrit lui même vers la fin de sa vie : « Personne n’a accompli un parcours comme le mien ». Pour beaucoup d’autres, cela avait été interprété comme de la vantardise, mais dans ce cas précis c’était bien la réalité. En dehors du conte, en héritage de sa période, il existe des racines de la Suède moderne d’aujourd’hui. La Constitution de 1809 établit une base démocratique qu’il fut possible de développer même si on ne considère pas cela comme démocratique de nos jours, surtout pas quand on sait qu’un petit nombre de citoyens avaient le droit de voter. Cela ouvre la possibilité à un débat politique et réduit le pouvoir du roi.
Charles-Jean avait beaucoup d’idées sur la Constitution et sur les obstacles qu’elle lui posait, mais à la différence de ses prédécesseurs il la respecta. Une preuve que l’absolutisme ne fut jamais actuel sous Charles-Jean. De ce fait, il est possible de conclure que la démocratie a eu prise de son temps, même s’il fallut attendre le XXe siècle avant elle soit mise en pratique.
En ce qui concerne la paix et la liberté, Charles-Jean joua un rôle important. Ses expériences personnelles avec des années de guerre et de nombreux champs de bataille lui donnèrent une autorité dans le pays. Il avait une réalité de la guerre, loin des opinions romantiques que l’on peut entendre dans les salons. Il était également assez intelligent pour comprendre que la guerre était la dernière alternative, et non pas la première solution. La longue tradition suédoise de neutralité naquit à cette époque et la prétention au droit à la neutralité était un pas important vers la paix.
Un autre héritage de cette période est la liberté d’expression, un domaine où les actes de Charles-Jean ne peuvent pas être considérés comme positifs. Le droit de retrait et les nombreux processus l’ont montré plutôt comme un ami de la censure. Pourtant il était lui-même intensivement intéressé par la presse et l’utilisait souvent pendant sa période en France, pour communiquer ses opinions au grand public. A ce moment et après il était un lecteur ardent des journaux, même s’il devait se faire traduire leur contenu. Mais en tant que roi, Charles-Jean se sentait exposé et il était sensible à la critique personnelle. Déjà, à cette époque le pouvoir de la presse était important et il avait du mal à l’accepter. En dépit de cela, la liberté d’expression survécue et se renforça encore plus sous le régime du roi Oscar. Les restrictions existant à l’époque sont encore actuelles aujourd’hui, comme par exemple concernant la politique étrangère ou les attaques personnelles.
Sur un plan plus personnel, il y a beaucoup de savoir à rattacher à Bernadotte. Comme chef de troupes, il était une personne exemplaire et on disait publiquement qu’un soldat avait une bonne vie sous les ordres de Bernadotte. Il fit les choses de manière que ses troupes aient de la nourriture et des vêtements, dans la mesure du possible, et il se déplaçait souvent parmi ses hommes et leur parlaient comme s’il était l’un d’eux. Mais il n’hésitait pas à punir celui qui ne suivait pas les ordres. La discipline rigide était la différence entre la vie et la mort sur le champ de bataille, ce que Bernadotte voulait que ses troupes comprennent. Un exemple typique de bonne direction est l’histoire des soirées qui précédaient les attaques. Le chef de troupes avait l’habitude de faire le tour du camp, de s’asseoir près du feu et de parler avec les hommes, alors qu’il leur distribuait le dîner, avec l’aide d’une louche en bois qu’il portait toujours à la ceinture. Après cela, il faisait le tour des postes de garde, leur souhaitant bonne nuit en leur adressant quelques autres mots bien choisis.
• Quelles innovations de l’époque Charles-Jean jouent un rôle important pour nous aujourd’hui ?
• « Personne n’a suivi un parcours comme le mien... » a dit Charles-Jean. Quelles parties de sa vie aimait-il le mieux à votre avis et pourquoi ?
• Le droit de vote fait partie d’une démocratie qui fonctionne bien. Quels sont les autres outils indispensables autre que le droit de vote pour qu’un pays ait une démocratie qui fonctionne ?