samedi, mars 06, 2010

Discours du général Bernadotte

Citoyens directeurs,

Le général Bonaparte m'a chargé de présenter aux premiers magistrats de la République le reste des drapeaux enlevés à ses ennemis.

En acceptant ces trophées fruits de la valeur du soldat et des manœuvres savantes du chef qui l'a guidé, recevez, citoyens directeurs, l'assurance que l'armée d'Italie incorruptible et pure soutiendra jusqu'au dernier soupir la constitution de l'An 3 et son gouvernement républicain.

Je partirai bientôt pour rejoindre cette brave et formidable armée où votre confiance et le désir de cet estimable général me rappelle. Puissè-je en y arrivant donner la certitude à mes compagnons d'armes que les tems des troubles et des alarmes ont disparu en France pour n'y plus revenir ! Puissè-je leur dire enfin : Vos pères sur le bord de la tombe, vos mères chargées d'années et d'infirmités, vos épouses et vos enfants, quoique vivants dans une honorable pauvreté se glorifient de vous appartenir, parce que la patrie reconnaissante sent que c'est à votre courage qu'elle est redevable de sa liberté et de sa gloire.

Et vous, dépositaires suprêmes des lois, certains du respect et de l'obéissance constitutionnelle des soldats de la patrie, continuez de causer l'admiration de l'Europe, comprimez les factions et les factieux, terminez le grand ouvrage de la paix, l'humanité la réclame, elle désire qu'il ne soit plus versé de flots de sang . Mais si comptans sur nos divisions domestiques, si comptans plus encore sur leurs liaisons avec les déserteurs de la cause de la liberté, si, dis-je, nos ennemis formaient des prétentions exagérées, nous reprendrons les armes et nous marcherons au combat avec l'appareil menaçant qui suit les armées, mais nous marcherons assurés de la justice de notre cause, et précédés par l'augure de la victoire.

Le général divisionnaire
J. Bernadotte
10 fructidor an 5