mercredi, août 06, 2008

PASSAGE DE BERNADOTTE EST DES CLARY SUR LE PLATEAU DE NOZAY

Par Jean-Pierre Dagnot



Situation avant leur arrivée sur Nozay
L'histoire de Villarceau et Lunezy fera l'objet de plusieurs chroniques traitant des seigneurs de ces lieux. Les baux et descriptions de bâtiments feront également l'objet de récits séparés. Faisons le point:
- Philippe Fontenilliat, fils de la dernière dame de Villarceau, est entré en possession de ce domaine par héritage. Il consiste en un pavillon servant de logement au maître, cour, jardin, grand & petit parc, terres, le tout contenant 211 hectares. Il a obtenu de manière indirecte (achat en commande) le domaine de Lunezy qui comporte un château, parterre, potager, parc, colombier, bâtiment de ferme, 40 hectares de terres, 43 hectares de bois. Egalement, il reprend le bail des lieux afin de les rendre libre.
Du côté des Bernadotte, nous ne reprendrons pas l'histoire des époux (rappel historique sur Bernadotte :* wikipédia), mais seulement, pour la clarté du récit, des informations montrant l'ascension rapide ce couple.Tout d'abord l'union du couple en thermidor an 6. Jean Baptiste Bernadotte (35 ans), général divisionnaire, demeurant rue de la Lune à Sceaux d'une part, et Joseph Bonaparte (son futur beau-frère), représentant du peuple, procureur de la veuve du défunt François Clary, vivant négociant de Marseille, stipulant pour Bernardine Eugénie Désirée Clary, fille mineure de 18 ans, demeurant rue du Rocher à Paris, d'autre part. C'est un contrat classique. Etaient présents Marie Julie Clary, soeur de Désirée et épouse de Joseph Bonaparte. Pas de communauté de biens entre les époux. La future n'apporte que son linge et ses bijoux. Le futur déclare que son revenu n'excède pas 3.000 livres. La future estime le même revenu à provenir du huitième de la succession de son père. Donc, à cette époque, il n'est pas encore question de richesses apparentes.
Deux années passent, Jean Baptiste est devenu conseiller d'Etat, général en chef de l'armée de l'ouest, ci-devant ministre d'état du département de la guerre. Il fait avec Désirée une donation entre vifs. Notons l'achat du domaine de la Grange-la-Prévôté à Savigny-le-temple (400 hectares). Du côté des Clary, citons Henry Joseph Gabriel Blait de Villeneuve, capitaine du génie sous Louis XVI, qui se marie à Marseille en 1791, avec Catherine Honorine Clary (soeur de Désirée).A cause de la révolution, Henry émigre en l'an II, et le couple divorce pour préserver ses biens. A son retour ils se remarient à Neuilly en 1806. Notons également qu'ils achètent un domaine de 400 hectares dit la Chaloterie avec maison de maître du côté de Chaumes-en-Brie.

Les documents consultés nous montrent que les familles Clary et Bonaparte cohabitent. En 1803, Bernadotte donne également procuration à Nicolas Joseph Clary, un de ses beaux-frères, banquier et ingénieur.

Ce préambule est suffisant, passons maintenant à notre région.

Acquisition de Villarceau et Lunezy
Une semaine avant Austerlitz, Philippe François Fontenilliat, négociant à Rouen, y demeurant, vend à Monseigneur Jean-Baptiste Bernadotte, maréchal de l'Empire, grand officier et grand cordon de la légion d' honneur, commandant en chef de la première division de la grande armée en Allemagne et Madame Bernardine Eugénie Désirée Clary, son épouse, demeurant en leur hôtel au 28 rue d' Anjou, faubourg Saint Honoré, représentés par Nicolas Joseph Clary, propriétaire:- les terres domaines et ferme de Villarceaux, ci-devant fiefs de Villarceaux et des Villevents, situés à Nozay et Villejust, consistant en un pavillon servant de logement au maître, cour, jardin, grand et petit parc, terres labourables, prés bois vignes, contenant 212 hectares.- les terres et domaine de Lunezy, sis paroisse de Nozay, consistant en château, parterre, potager, parc, colombier, bâtiment de ferme, 40 hectares de terres, 43 hectares de bois, le tout représentant 308 hectares. La vente est réalisée moyennant la somme de 350.000 frs (260.000 Villarceau et 88.000 Lunézy), payée en numéraire métallique. A noter que les meubles dans le château et dépendances sont compris et correspondent à 2.855 frs.Les Bernadotte sont tenus de respecter la clause de jouissance par la veuve Fontenilliat durant sa vie du logement et dépendances dans le domaine de Villarceaux évalué à 500 frs.

Revente de Lunezy, Villarceau, Savigny-le-Temple

Nous arrivons en 1810. Des transactions curieuses vont commencer. Son altesse sérénissime Monseigneur Jean Baptiste Bernadotte, prince et duc de Ponte Corvo, maréchal de l'Empire, grand aigle et chef de la huitième cohorte de la Légion d'honneur, grand dignitaire de l' ordre de la cohorte de fer, grand croix de l' aigle noir de Prusse et de celui de l'éléphant de Danemark, ...etc, et la princesse Bernardine Eugénie Désirée Clary, princesse et duchesse de Ponte Corvo d' une part, Henry Joseph Gabriel Blait de Villeneuve, un des administrateurs généraux des postes,et Madame Catherine Honorine Clary, son épouse, d' autre part: les premiers "vendent" aux seconds, la terre ou domaine de Lunezy avec tout ce qui en dépend soit 99 hectares, consistant en un château avec cour, avant cour, et parc planté de plusieurs pièces de bois au dehors, et une ferme appelée la ferme de Lunézy composée de bâtiments pour l'exploitation, verger et petit jardin et de terre labourables. Le prix de 160.000 frs a été payé comptant en espèces sonnantes d'or et d'argent ayant cours. Dans les conditions continuer le bail de la ferme , payer les gages du garde.Fait et passé à Paris en l'hôtel et demeure des parties, signatures des quatre personnages. Il est intéressant de remarquer que Bernadotte vient de recevoir son élection de prince héritier de Suède. Il délègue à son épouse un renouvellement de procuration générale et spéciale, très détaillé lui accordant tous pouvoirs (la liste est longue) sans aucune réserve, lui montrant une totale confiance. Le couple agit de même avec leur beau-frère Henri Joseph Blait de Villeneuve, administrateur général des postes, pour vendre et gérer leurs biens dans l'étendue de l'empire français.


L'acte est passé au château de Stockholm
Les ventes continuent. Le couple princier vend à Nicolas Joseph Clary (le banquier), le château et la ferme de la Grange-la-Prévôté à Savigny. Cette vente est réalisée par le mandataire du prince, un suédois.
La même semaine, le même mandataire vend cette fois-ci à l'autre beau-frère Henri Joseph Gabriel de Villeneuve, les terres domaines et ferme de Villarceaux contenant 222 hectares moyennant 175.000 frs. le beau-frère se trouve ainsi propriétaire de la totalité des biens à Nozay.
Le même jour, un acte sous seing privé avec le même mandataire où Monsieur et Madame de Villeneuve ont déclaré que la vente qui leur avait été faite n'était pas sérieuse et qu'ils n'avaient aucun droit à la propriété n'en ayant pas payé le prix, dont cependant le contrat porte quittance. La vente n'a été acceptée que pour faire plaisir à leurs altesses, et ils reconnaissent que les titres et pièces n'ont point été remis. Cette affaire va resurgir 6 ans plus tard avec les bureaux de l'enregistrement!
De ces ventes dont certaines sont factices, on peut remarquer qu'à cette époque, Charles Jean s'est opposé officiellement à la France et doit redouter une saisie de ses biens, donc il les "vend".
Gabriel de Villeneufve à Nozay
En 1812, l'état des inscriptions hypothécaires sur Villarceau considère Charles Jean, prince royal de Suède des Goths et des Vandales et Bernardine Désirée son épouse princesse royale, toujours propriétaires.
L'année suivante, Henry Joseph Gabriel de Villeneuve, propriétaire, demeurant rue d'Anjou, chez Désirée, loue pour 9 ans (ce qui lui sera reproché plus tard, le bail entérinant le seing privé comme une rétrocession) à Marie Madeleine Hautefeuille, veuve d'Etienne Lepère et à son fils Louis Marie, cultivateur:- la ferme et domaine de Villarceaux, composée de bâtiments propres au logement de fermier et à l'exploitation,- un pavillon servant de maison de maître, cour jardin clos de murs, autre jardin clos de hayes vives,- 205 hectares de terres prés.- de ne pouvoir chasser le bailleur se réservant la chasse.Le bail est fait moyennant 11.000 francs, en pièces d'or ou d'argent au cours du jour, exceptionnellement des piastres d'Espagne seront acceptées.

A la même époque, une note sans date ni signature concerne la ferme de Lunezy, baillée aux mêmes pour 3.000 frs nets. Ces documents associés à un projet de bail fait par Fontenilliat en l'an XIII aux Lepère pour Lunezy. Les baux et la vie de ces fermes seront traités séparément.
En 1815, Henry Joseph Gabriel Blait de Villeneuve décède. Honorine, héritière pour un quart en toute propriété & un quart en usufruit & Joséphine Baptistine sa fille font procéder à l'inventaire des biens:1°) l'inventaire à Paris, chez la princesse de Suède où le couple réside, relevons une berline de 800 livres, 450 bouteilles de vin,2°) à Lunezy, en présence des fermiers, peu de choses, ils s'y rendent peu. Notons la chapelle et une salle de billard au second étage, le tout en mauvais état.Honorine Catherine Clary étant donataire, son unique fille devient seule et unique héritière.
Notons l'année suivante, que pour dégager sa responsabilité, la veuve dépose chez le notaire le fameux seing privé de la fausse vente. La suite du récit devient maintenant, séparée pour chaque domaine.

Domaine de Lunezy

En 1818, la reine de Suède vend à sa soeur, Madame de Villeneuve, 16 hectares de bois pour harmoniser le domaine.

La veuve gère elle-même ses biens et les baux des fermiers, toujours avec la même famille Lepère. Elle passera la main à un homme de confiance en 1827, pour les actes classiques et ira vivre à Florence

Sa fille Baptistine, Julie, Joséphine s'unie en 1832 à Florence, avec Joachim Charles Napoléon Clary (un cousin au premier rang). Le couple, séparé de biens, a deux enfants Victorine et Adolphe. Elle confie à Joseph Avignon, ami de la famille, résidant également rue d'Anjou (le mandataire de sa mère), les mêmes pouvoirs. Notons que ce dernier agit également pour la reine de Suède. Les baux dont il s'occupe se paient toujours en or ou argent. le mandataire se réserve la chasse.

En 1840, Joséphine de Villeneuve décède. Son époux Joachim Clary, capitaine de cavalerie en disponibilité, qui demeure également chez la reine de Suède demande l'inventaire après décès. Il précise qu'il demeure dans les appartements et mobiliers de sa belle mère:- notons pour l'anecdote dans les bibelots et tableaux: une mèche de cheveux de Napoléon donnée par Mme Murat, des tableaux de David, Delacroix, Robert. Le domaine de Lunezy ( le château n' existe plus), propriété de la défunte vient de la communauté de biens de ses parents. Dans le testament de la défunte qui lègue tout à son mari, on apprend la coupe des bois de Lunezy et leurs transformations en terres cultivables. Elle lègue à son incomparable mère, "la meilleure de toutes les mères", ses bijoux à l'exception de la bague de mariage pour son mari en souvenir du bonheur parfait dont il l'a comblée.
Trois ans plus tard, à Florence, la mère tant chérie décède à son tour, laissant ses biens à ses deux petits enfants. Il est fait l'inventaire des meubles de l'appartement de la rue d'Anjou appartenant à la reine de Suède. ( plus de 80 lots)