mercredi, août 06, 2008

L’EXCEPTIONNEL DESTIN DE JEAN-BAPTISTE BERNADOTTE

par Paul Baringou

Rien ne prédisposait Jean-Baptiste Bernadotte à connaître le fabuleux destin qui, de Pau où il naquit en 1763, le conduisit à Stockholm où il devint Prince Héritier du Royaume en 1810 et Roi de Suède et de Norvège en 1818, sous le nom de Charles XIV ou Charles –Jean.

C’est la conjonction d’événements exceptionnels qui expliquent un itinéraire aussi surprenant : la Révolution Française, le Premier Empire et l’absence d’héritier du Roi de Suède Charles XIII (1748-1818). Mais ces événements ne doivent pas occulter les qualités propres à Jean-Baptiste Bernadotte : diplomatie, courtoisie, générosité, courage, sens de l’organisation qui lui permirent d’accéder aux plus hautes responsabilités.

En 1780, au décès de son père, Henri Bernadotte, magistrat, il renonça à devenir un juriste comme son père et son frère aîné, Jean Bernadotte, avocat (le futur 1er baron
Bernadotte). Il s’engagea alors dans l’armée royale ; en juillet 1789, il avait le grade de sergent major ; deux ans plus tard, la Révolution Française en fit un lieutenant puis un colonel en 1792, un général de brigade en 1793, de division en 1794. Napoléon 1er lui attribua le titre de Maréchal d’Empire en 1804.

Sous le Directoire, il fut ambassadeur de France à Vienne (Autriche) en 1798, Ministre de la guerre en 1799 (il procéda à la réorganisation de l’armée). En 1798, il épousa Désirée Clary, l’ancienne fiancée de Napoléon Bonaparte, devenant ainsi le beau-frère de Joseph Bonaparte, l’aîné de la famille Bonaparte (époux de Julie Clary, la sœur de Désirée). Un an plus tard, naissait à Paris leur fils Oscar (le futur Oscar 1er, Roi de Suède et de Norvège après la mort de son père).

De 1790 à 1808, Jean-Baptiste Bernadotte se couvrit de gloire dans les batailles de la Révolution. (Il passait pour un des meilleurs généraux de la République et un possible rival de Napoléon Bonaparte) et de l’Empire (il prit une part brillante aux campagnes de 1804 à 1808). A partir de la bataille de Wagram, en 1809, il se brouilla avec Napoléon notamment pour des raisons militaires.
Sans commandement, en disgrâce, il accepta, bien volontiers, en 1810, son élection par la Diète Suédoise, comme Prince Héritier du Roi Charles XIII ; élection singulière mais cohérente : des officiers suédois, ses prisonniers en 1806, qu’il avait traités avec humanité et générosité lorsqu’il était gouverneur du Hanovre (Allemagne), avaient apprécié ses qualités de stratège militaire, de gestionnaire administratif et de diplomate. Toutes qualités qui, selon eux, permettraient à la Suède de conserver son rang de grande puissance nordique. Ces officiers furent de précieux et efficaces avocats de Jean-Baptiste Bernadotte auprès des membres de la Diète suédoise

En 1812, coup de théâtre, Napoléon 1er envahit la Poméranie suédoise (région située au sud-est du Danemark, en Allemagne actuellement) pour consolider le blocus continental contre l’Angleterre et mieux préparer l’invasion de la Russie. Il s’agissait d’un acte de guerre délibéré de la part de l’Empereur contre le Royaume de Suède : Jean-Baptiste Bernadotte, Prince Héritier, devenu suédois, se devait donc légitimement de défendre son pays d’adoption ; c’est pour ces raisons que Français et Suédois (ces derniers alliés aux prussiens, russes, autrichiens,et anglais) se combattirent jusqu’en 1814, date de la première abdication de Napoléon.

A noter que les troupes suédoises ne pénétrèrent jamais sur le territoire français en 1814, sur ordre de Bernadotte. Il convient de se rappeler qu’avant de mourir à Sainte Hélène, Napoléon déclara :
« Bernadotte … Je ne puis dire qu’il m’ait trahi ; il devint en quelque sorte suédois et il n’a jamais promis ce qu’il n’avait pas l’intention de tenir. Je puis l’accuser d’ingratitude mais non de trahison ».

La Suède ne participa pas à la coalition de 1815 qui s’acheva par la défaite de Napoléon à Waterloo.

De 1810 à 1844, comme Prince Héritier et Roi, il redressa les finances au plus bas en 1810, dynamisa le commerce et la production industrielle qui doublèrent en 15 ans. La Suède devint un véritable chantier (construction d’écoles, d’hôpitaux, d’arsenaux, de casernes, creusement du canal allant de la mer Baltique à la mer du Nord, réforme des codes civil et pénal, affranchissement des juifs de Suède….). Le règne de Charles XIV fut considéré comme le nouvel âge d’or de la Suède.

Il lui fut reproché, cependant, un certain conservatisme, des lenteurs dans l’application de réformes sociales promises.

Fait notable, il maintint la Suède en dehors des turbulences politico-militaires européennes ; car, particularité étonnante, ce militaire fut un monarque pacifique, trop indigné qu’il fut par les hécatombes de batailles sanglantes auxquelles il avait assisté.

Les Suédois, peuple de guerriers, ne furent jamais plus en guerre après l’accession au trône de Jean-Baptiste Bernadotte.


Charles XIV mourut en 1844 à Stockholm à l’âge de 81 ans. La dynastie, qu’il créa, règne toujours en Suède ; ses descendants sont actuellement Roi de Suède, Reine du Danemark, Roi de Norvège, Roi de Belgique et du Grand Duché du Luxembourg.