vendredi, novembre 09, 2007

Quinze ans avec Bernadotte

Maurice Etienne Gérard (1773 - 1852 )
Maréchal de France

Quinze ans avec Bernadotte

Fin 93, la France doit faire face à la première coalition et la Convention décrète la levée en masse; Carnot réorganise l'armée et en avril 94, Gérard est affecté à la 71ième demi-brigade sous les ordres de Bernadotte : c'est le début d'une très longue amitié entre les deux hommes. Durant l'été 1794, on se bat à Fleurus, Charleroi ...Fin 94 : création de la fameuse armée de Sambre-et-Meuse, confiée à Jourdan; Gérard y sert dans la division de Bernadotte et met en évidence ses qualités de bravoure et de sang-froid au passage de la Roër. En 1795 et 96, il prend part à de nombreux combats de l'autre côté du Rhin comme celui de Teining.

Mais l'armée de Jourdan et celle de Moreau qui combattent en Allemagne ont en face d'elles un adversaire coriace en la personne de l'archiduc Charles, frère de l'empereur d'Autriche. Le Directoire envoie alors une armée dans l'Italie du nord, elle aussi sous domination autrichienne; cette armée, chargée de faire diversion, a, à sa tête, un jeune général en chef du nom de Bonaparte. Ce général de 27 ans a déjà remporté de nombreux succès sur les Autrichiens mais ses troupes sont essoufflées et il réclame à Paris des renforts. Le Directoire donne l'ordre à la division Bernadotte d'aller prêter main-forte à l'armée d'Italie; après une marche de près de mille kilomètres et le franchissement des Alpes en plein hiver, elle arrive en Italie et se met à la disposition de Bonaparte. En mars 1797, Gérard prend part à l'assaut et à la prise de la forteresse de Gradisca sur l'Isonzo, dernier obstacle sérieux sur la route de Vienne. Ce beau succès vaut à Gérard d'être nommé capitaine, le jour-même, par le général en chef.

La paix signée avec l'Autriche à Campo-Formio a entraîné la dissolution des troupes de Bernadotte. Ce dernier est dédommagé par le poste d'ambassadeur à Vienne (1798); Gérard est du voyage en qualité d'aide de camp, mais le séjour à Vienne sera bref car bientôt - à la vue du drapeau français au balcon de l'ambassade - une émeute éclate et Bernadotte est contraint, dans ce climat hostile, de quitter la capitale autrichienne avec ses aides de camp... et aussi avec panache.

Au printemps 1799, en l'absence de Bonaparte parti en Egypte, la situation s'est sérieusement dégradée : une seconde coalition nous a repris tout le nord de l'Italie et menace même les frontières de la France. Gérard est appelé à l'armée d'Helvétie commandée par Masséna; il participe, avec sa fougue habituelle, à la victoire de Zurich sur l'archiduc Charles. Sa belle conduite au cours de cette campagne lui vaut d'être nommé chef d'escadron sur un rapport élogieux du ministre de la Guerre du moment qui n'est autre que Bernadotte.

Le passage au ministère du général gascon est de courte durée et bientôt ce dernier se retrouve chargé du commandement en chef de l'armée de la Loire. Gérard est à nouveau son aide de camp. Il s'agit de venir à bout des Chouans en essayant d'obtenir la soumission de leurs chefs Cadoudal et Bourmont (1800); en octobre, Gérard franchit un nouveau grade : il est nommé chef de brigade (équivalent à de colonel) par le Premier Consul.
La paix d'Amiens (1802) apporte un temps mort dans la carrière de Gérard après dix années de combats sans guère de repos. Mais dès 1803, la paix est rompue et voilà le colonel Gérard appelé à de nouvelles aventures : Bonaparte, auquel la possession de la Louisiane pose des problèmes, désigne Bernadotte pour se rendre, en qualité de ministre plénipotentiaire, aux Etats-Unis, afin de régler les différends entre les deux pays. Gérard accompagne son général à Rochefort pour embarquer, mais des incidents retardent le départ et pendant ce temps Bonaparte se décide soudainement à vendre la Louisiane aux Américains; du coup, la mission tombe à l'eau. En mai 1804, Gérard est nommé, à quelques mois d'intervalle, chevalier puis officier dans le nouvel ordre que le Premier consul vient de créer : la Légion d'honneur. Quant à Bernadotte il fait partie de la première promotion des maréchaux d'Empire.
Napoléon, lui, décidé à en finir avec l'Angleterre, a rassemblé un gros corps expéditionnaire, au camp de Boulogne, avec l'intention de traverser la Manche si les circonstances le permettent. Le projet échoue et Napoléon se retourne contre l'Autriche; la campagne est fulgurante : l'imprudent général Mack doit capituler à Ulm et Gérard, dans le corps de Bernadotte, entre en vainqueur à Munich (oct. 1805). Mais la campagne n'est pas terminée; Napoléon a décidé de défier les empereurs de Russie et d'Autriche à Austerlitz. En affrontant la redoutable garde russe sur le plateau de Pratzen, Gérard reçoit sa première blessure grave, un coup de biscayen à la cuisse. Sa conduite au feu est récompensée par la promotion au grade de commandant (on dit aujourd'hui commandeur) dans l'ordre de la Légion d'honneur; et Maximilien 1er de Bavière, devenu roi par la grâce de Napoléon, le fait chevalier de l'ordre du Mérite militaire bavarois.

Napoléon, en créant en 1806 la Confédération du Rhin, a irrité la Prusse qui se croit capable de tenir tête militairement à l'Empereur, mais en quelques jours l'armée prussienne est étrillée et Gérard participe à la "grande poursuite", lancé aux trousses des Prussiens qui ont échappé au double désastre de Iéna et d'Auerstaedt; il est victorieux à Halle, à Streilitz, et force le général Blücher à capituler à Lübeck. C'est là, à Lübeck, qu'il reçoit les étoiles de général, tout juste quinze ans après avoir signé son engagement. Après le traité de Tilsit qui réconcilie Napoléon et Alexandre, Bernadotte se voit confier le gouvernement des villes hanséatiques (1807), avec mission de faire appliquer, dans la Baltique, le blocus continental; Gérard, récemment promu général de brigade, est nommé chef d'état-major du corps que Bernadotte a emmené avec lui à Hambourg. Le séjour au bord de la Baltique restera un moment agréable dans la carrière de Gérard puisque le roi du Danemark le décore de la Grande Croix de l'ordre de Danebrog en 1808.

Le bon temps dure jusqu'en 1809 car, à nouveau, des menaces se précisent du côté de l'Autriche que l'Angleterre a réussi à entraîner dans une nouvelle coalition. A Wagram (juillet 1809) Gérard a encore donné le meilleur de lui-même avec le 9ième corps de Bernadotte pour contraindre l'archiduc Charles à la retraite. En récompense de ses faits d'armes, il est fait baron d'Empire (1809), mais sa joie est un peu ternie car il ne servira plus sous les ordres du prince de Pontecorvo; depuis quinze ans, les deux hommes ne s'étaient presque jamais séparés.
source histoire-empire.org/)