dimanche, septembre 17, 2006

Les derniers mots du Roi Charles XIV Jean de Suède et de Norvège par LARS O. LAGERQVIST


Maladie et mort
Dans la soirée du 25 janvier 1844, S.M. le roi prenait son repas (”le souper en chambre”) comme à l’ordinaire après 8 heures (trop tard pour les suédois!), et il avait avec lui quelques invités; parmi eux la présence de Niklas BYSTRÖM, Sculpteur breveté du Roi, et comme toujours, le grand maréchal du royaume, qui prâtiquait la langue de Molière à la perfection. Le roi, qui mangeait très peu pendant la journée, se voyait servir au menu du soir huit plats ou plus. Il se couchait comme à l’accoutumé après minuit. Le matin du 26, jour du 81ème anniversaire du roi, vers 6 heures et demie, le valet de chambre en service au Palais Royal de Stockholm fut alarmé par une retentissante sonnerie venant de la chambre à coucher de Sa Majesté; celui-ci normalement ne s’éveillait qu’environ 4 heures plus tard. Le valet inquiet appela les autres domestiques, il ouvrit les portes (toujours verrouillées pendant la nuit) et entra. Il trouva le roi, inanimé victime d’un malaise violent et prit d’une respiration accélérée. Les médecins furent appelés; l’un d’entre eux, le 1er médecin attitré du Roi, Eric af EDHOLM (1777-1856), docteur en médecine, anobli en 1821, fut présent au chevet du roi pendant les six semaines qui précédèrent la mort de Sa Majesté Charles Jean. Il publia plus de quarante bulletins concernant l’état de santé de son auguste malade, ainsi qu’un ”Rapport concernant la maladie dernière de Sa Majesté de glorieuse mémoire Charles XIV Jean, un résumé du journal quotidien et [plus] minutieux... le 12 mars 1844" (en suédois), imprimé et daté de quatre jours après le décès.

Dans son rapport, af Edholm raconte que le roi, qui ”malgré son grand âge, jouissait d’une excellente santé et d’une vigueur extraordinaire, néanmoins depuis plusieurs années souffrait d’une abondante sécrétion muqueuse, aussi bien des organes respiratoires que ceux de l’appareil digestif. Celle-ci provoqua chez S.M. de violentes attaques de vomissement, après lesquelles S.M. se trouvait toujours bien et soulagé. Depuis l’âge de 64 ou 65 ans S. M. s’était toujours lamenté de ressentir une froideur dans les pieds et les jambes et, pour remédier à cela, se couchait, aussi bien l’hiver que l’été, avec des bouillotes...”

Quand les médecins arrivèrent le matin au chevet du malade, il fut évident de constater que le roi souffrait ce que l’on appelait à cette époque ”une congestion du cerveau”, une hémoragie cérébrale. Avec le consentement du Prince royal OSCAR, qui arriva très rapidement sur place, on fit au roi une ”saignée”, même si le roi précédement avait expressivement défendu qu’on lui fasse un tel traitement. Une amélioration fut perceptible, et de temps en temps le roi repris, du moins partiellement, connaissance. Dans les trois jours qui suivirent, son état de santé empira. Une température élévée le plongea dans un délire pleins d’hallucinations; comme ses contemporains de la révolution, il se rappelait son service dans les armées qui luttaient pour la République une et indivisible; il était aussi hanté par des fantaisies concernant ses ennemis, des conspirations etc. Il hurlait: ”Vous êtes tous des traîtres!”, et s’exclamait en ajoutant: ”On va tous vous pendre, oui tous”. Et il murmurait à son fils: ”Oscar nous nous défendrons!”

Présentation et commentaires par Lars O. LagerqvistPrésident de la Société des Amis du Musée Bernadotte en Suède