dimanche, septembre 17, 2006

LE MUSÉE BERNADOTTE

En Béarn, au pied des Pyrénées, se trouve la belle Ville de Pau dont la renommée tient autant à son site merveilleux et à la douceur de son climat qu’à la naissance de deux grands Rois : notre populaire Henry IV et Bernadotte. Nous ne parlerons que pour mémoire de son Jurançon, couleur d’ambre, de sa savoureuse sauce béarnaise, régal des gastronomes.
Le magnifique château, qui vit naître Henry IV attire chaque année de nombreux visiteurs, tant parmi les touristes que parmi les pèlerins qui s’empressent à Lourdes à la belle saison. Par contre, la simple et modeste maison bourgeoise où Jean-Baptiste Bernadotte vint au monde le 26 janvier 1763 , est moins connue du public. Elle a été, comme le château, transformée en musée, dont voici un bref historique.

Anciennement appelée "Maison Balagué", située entre la rue Tran et la rue Neuve des Cordeliers, désignée depuis le début du siécle rue Bernadotte, elle est l’une des rares, parmi les charmantes demeures bourgeoises de Pau du XVIIIe siècle, aussi bien conservée.
Il est naturel que le berceau de la dynastie suédoise attirât l’attention. Si Charles XIV ne semble pas avoir revu son pays natal, il est cependant prouvé qu’à la fin de sa vie il envisagea l’achat de l’immeuble en question. Ses descendants témoignèrent d’un intérêt semblable pour la maison familiale. En automne 1867, à l’occasion d’un voyage à Paris, Charles XV, petit-fils de Bernadotte, avait eu l’intention de venir jusqu’à Pau, sans malheureusement pouvoir réaliser ce projet. Mais sa mère, la Reine Joséphine, fit ce pèlerinage cinq ans plus tard, au retour d’une visite à sa sœur l’Impératrice du Brésil , en séjour à Lisbonne. Durant ce court arrêt de deux jours à Pau, relaté par le Mémorial des Pyrénées, elle visita incognito la maison natale de son beau-père. En allant vers Biarritz, sous le nom de Comte de Haga, son autre fils Oscar II, vingt ans après, s’arrêtait à son tour pour visiter la maison natale de son grand-père. Cette brève escale se répéta encore sept ans plus tard, cette fois officiellement. C’est au cours de celle-ci que le souverain planta dans le parc du Casino, non loin du pont de fer qui porte son nom, un magnolia devenu aujourd’hui un arbre vigoureux. Malgré l’amour pour la France, le Roi Gustave V se désintéressa de la Ville de Pau entrevue au cours d’un voyage qui le menait de Bayonne vers l’Italie,alors qu’il avait vingt ans. Le jeune Prince Guillaume fit, vers 1925, une visite plus sérieuse, s’astreignant même à faire des recherches dans les archives pour voir l’acte de baptême de son ancêtre. A cette époque, la vielle maison était mal entretenue et le Prince décrivit dans un livre remarquable "Sydftanskt"les émotions éprouvées durant sa visite à la maison de Madame Balagué, qui vivait encore dans l’appartement ou son trisaïeul avait vu le jour.

Les diverses personnes intéressées par l’histoire de Pau, ainsi que les autorités municipales, commencèrent alors à discuter du sort de ce mémorable bâtiment. Une société ayant pour but de sauvegarder les intérêts de celui-ci fut constituée en 1935. Elle loua l’appartement où la famille Bernadotte avait vécu et, avec de modestes moyens, tenta de garder l’atmosphère de la maison natale du héros béarnais de la Révolution. Les objets réunis étaient peu nombreux mais constituèrent tout de même le premier fond du musée.
Durant la guerre, le musée fut fermé, la situation financière de la société devint précaire. Les hostilités terminées, la vague de touristes reprenant son essor, beaucoup de ceux-ci, en particulier les Suédois, se plaignaient de l’impossibilité de visiter la maison. Les membres du Bureau de la société étaient dispersés. C’est alors que le Conseil Municipal, ayant à sa tête un maire énergique, M ; Louis Sallenave, prit la chose en main pour sauvegarder ces témoignages historiques. L’Ambassadeur de Suède, M. Kar Ivan Westman, toujours passionné pour l’art et la culture, et son attaché culturel, non moins intéressé furent alertés. Tous deux virent immédiatement prendre contact avec les autorités locales et le résultat ne se fit pas attendre. La maison natale, propriété privée, et les collections appartenant à la Société Bernadotte, furent achetées plus de deux millions par la Ville ; la Cour de Suède en prit la moitié à sa charge sous conditions que la Municipalité paloise assumerait l’entretien du bâtiment.

L’ancien Prince héritier, devenu Roi de Suède sous le nom de Gustave VI Adolphe, en venant un peu plus tard à Paris, confia à Gunnar W. Lundberg, Directeur de l’Institut Tessin, le soin de veiller, en accord avec les autorités locales, à l’installation du Musée Bernadotte.

Après quelques mois d’activités intense, le Musée Bernadotte fut inauguré à nouveau, le 21 juillet 1951. Un catalogue de 240 pages, préfacé par M. Georges Salles, Directeur des Musées de France, et richement illustré, fut soigneusement établi par M. Lundberg. Il englobe tous les documents relatifs à chacun des membres de la Maison Royale. Après une douzaine de gravures d’époque sur la Ville de Pau, la carrière de Charles XIV Jean comme jeune lieutenant général, ambassadeur de Vienne, conseiller d’Etat, et enfin maréchal et prince de Ponte-Corvo, est évoqué par des objets des plus variés (peintures, miniatures, aquarelles, dessins, gravures, tabatière, porcelaines, livres et imprimés rares, monnaies et médailles, lettres dépêches,etc…). Il ne manque ni le portrait du révolutionnaire Bernadotte aux cheveux bouclés, ni celui en pied très connu, sabre au clair, gravé par Alix, ni les souvenirs personnels comme son sabre, ses éperons ou ses gants. Plusieurs images illustrent les batailles auxquelles il participa. ; une photographie de son acte de mariage avec Désiré Clary, daté du 18 août 1798, a été réalisé aux archives de Sceaux. Par ailleurs, le dévoué Consul suédois Elof Signeul et le "faiseur de Rois" Karl Otto Morner ne sont pas non plus absents.

L’époque durant laquelle il fut héritier est illustrée par des gravures satiriques anglaises en couleurs et par divers documents intéressants, comme certaines lettres de Napoléon en particulier celle où il autorise Bernadotte à accepter la nomination de prince héritier, datée de Saint-Cloud le 23 septembre 1810. Il y a également une lithographie très humoristique, due au peintre Balhstrom, où Bernadotte prend congé de l’Empereur et aussi le message conservé dans les archives, qu’il adressait en 1812 à ce dernier, et qui reste toujours valable : "Sire, l’humanité a déjà perdu trop de sang". Une section a été réservée aux contemporains français de Bernadotte : portraits de ses compatriotes d’armes , Angereau, Beauharmais, Bessières, Berthier, Brune, Moreau, Kléber, Murat, Ney, Soult ou d’hommes d’Etat comme Fouché ou Talleyrand.
L’iconographie royale de Charles XIV est très importante, depuis les gravures du couronnement d’après le tableau de Per Krafft le jeune, les portraits d’après les peintres Sodermark, Lepeintre, Gérard, Way et Westin ou les sculpteurs suédois Bystrom et Quarnstrom, jusqu’à l’esquisse représentant le roi de profil, sur son lit de mort en 1844 par Sandberg . D’autres planches illustrent sa vie quotidienne, montrant les intérieurs typiques de l’époque, son cabinet de travail, sa chambre à coucher à Stockholm par le lithographe Lemercier d’après C.S. Bennet. Les cérémonies de son enterrement sont évoquées par les gravures de Meyer et Tollin, l’une d’entre elles commémorant "la Cabale de la montée du château"est très rare. Parmi ces collections, une place a évidemment été réservée à Désirée Clary.

Leurs fils Oscar Ier et sa femme Joséphine, le petit-fils Charles XV avec la reine Louise et leur famille sont aussi présents à travers divers portraits ou objets. Quelques dessins au crayon, provenant de la célèbre collection Hammer et dus au peintre de la Cour Westin, représentant les princes Oscar, Gustave et Auguste enfants ont une valeur artistique incontestable.

Le musée garde en réserve diverses photographies du Roi Oscar I, de la Reine Sophie, du Roi Gustave V et de la Reine Victoria, possédant un intérêt iconographique et dues au photographe de la Cour Larson à G. Florman à Stockholm ou Goupil à Paris, ainsi que celle, très rare, prise à la Villa des palmiers pendant la visite du roi Oscar II et de sa suite, à Pau en 1899.

Le document le plus récent est certainement la grande photographie, prise à Paris, du Comte Folke Bernadotte de Wisborg, si tragiquement tué, au service de la Paix, par des terroristes à Jérusalem en 1948.

La galerie des portraits de famille se termine par la photographie du baptême du jeune prince héritier Carl Gustave, surnommé prince de Haga, sur laquelle on peut admirer quatre générations de Bernadotte.

Sans revenir sur l’effort financier de la Maison Royal de Suède et de la Ville de Pau, il convient de souligner comment il a été possible de réunir en si court laps de temps, une telle quantité d’objets précieux sur Bernadotte et les siens. De généreux donateurs suédois et français et, en tout premier lieu, S.M. le Roi de Suède, ont évidemment contribué grandement à l’œuvre entreprise. Cependant l’artisan principal de cette constitution est sans nul doute l’attaché culturel de Suède en France, M. Lundberg qui a, pendant de longues années, en France et en Suède, patiemment rassemblé tout ce qui concernait Charles XVI et sa famille. Depuis sa réouverture, le Musée Bernadotte, voit sans cesse augmenter le nombre de ses visiteurs. Que les Suédois voyageant dans cette splendide région du sud de la France, s’arrêtent longuement à Pau, qu’ils voient son château historique, ses musées. Au Musée des Beaux-Arts comme au Musée Bernadotte, ils auront la joie d’y retrouver la Mère-Patrie.

texte écrit en 1963 par Françoise DEBAISIEUX Ex- Conservateur des Musées de la Ville de Pau