dimanche, septembre 17, 2006

LE DRAPEAU ROYAL SUÉDOIS par Sylvianne LEVEILLE

Créée en 1690 avec des Suédois faits prisonniers à la bataille de Fleurus durant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, cette unité faisait partie des troupes dites allemandes de l’armée du roi de France. Prenant tour à tour les noms de ses colonels-propriétaires (dont celui d’Erik Sparre qui fut ensuite ambassadeur de Suède à la cour de France), le régiment devint Le Royal Suédois en 1742 par ordonnance de Louis XV et appartint dès lors à des colonels de a famille de Sparre, en sa branche française et comtale. En 1783, il fut acheté par le comte Axel de Fersen qui le commanda jusqu’à la Révolution française. En 1792, il perdit son nom pour devenir le 89ème Régiment d’Infanterie, numéro qu’il gardera tout au long des vicissitudes de son existence et à travers diverses formes (demi-brigade par exemple) jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Dissout en 1940, il avait eu l’honneur, deux ans plus tôt, de voir le prince Bertil de Suède, oncle de Carl XVI Gustav, nommé caporal honoraire en son sein lors d’une cérémonie à Auxerre où ses drapeaux et traditions étaient conservés. Ayant réalisé cette maîtrise en 1984 et introduisant encore ce régiment dans mon doctorat portant sur les relations de la France et de la Suède au XVIIIème siècle, je fus contactée en 1989 par Radio-Suède qui désirait faire une émission sur ce thème entrant dans un programme ayant trait aux commémorations de la Révolution française. Je partageai ainsi les ondes avec le prince Bertil, convié lui aussi à parler de cette unité. Cette émission fut entendue en Suède par les descendants de la famille Sparre qui prirent contact avec moi. Un projet se forma alors : réaliser une cérémonie à l’occasion du Tricentenaire de la création du régiment. Pendant que nous y travaillions, le général Bengt Selander, qui avait été aide-de-camp du roi de Suède et attaché militaire en France, me demanda de l’aider à réaliser le discours qu’il devait faire pour son entrée à l’Académie des Sciences militaires et qui avait pour thème l’histoire de cette unité. Il se joignit donc à nous pour réaliser notre projet.. Ce fut en 1994, au mois de mars, que nous vîmes l’aboutissement de nos efforts. De Suède arrivèrent les dragons du Roi et leur musique ainsi que le régiment des Karolins, revêtu du célèbre uniforme bleu et jaune voulu par Charles XII et ressemblant beaucoup à celui que porta longtemps le Royal-Suédois. De Nîmes monta le 3ème Régiment d’Infanterie « Piémont » qui devait assurer la continuité du Royal-Suédois après cette commémoration. Après une première cérémonie au château de Versailles, en présence du maire de la Ville et du gouverneur militaire, pendant laquelle les Karolins firent une démonstration d’attaque telle qu’elle se déroulait au XVIIIème siècle, tous se retrouvèrent dans la cour des Invalides, à Paris. Devant une très nombreuse assistance et en présence du Roi et de la Reine de Suède, du président Mitterrand et de son épouse, du ministre de la Défense M. Léotard, des chefs d’Etat-Major suédois et de la famille de Sparre, branches suédoise et française réunies pour l’occasion, la musique des dragons du Roi joua la marche du Royal-Suédois que j’avais retrouvée et que le chef de musique avait accommodée à la manière de Bellman. Elle résonnait pour la première fois depuis le XVIIIème siècle… Ce fut ensuite la remise du drapeau et des traditions du Régiment Royal-Suédois au 3ème RI : le baron Per Sparre déploya ce magnifique étendard aux armes de Suède frappées de France que j’avais pu reconstituer grâce à des descriptions et dessiner pour le Musée de l’Armée de Stockholm. Le roi le reçut et le remit au chef du régiment français qui l’emporterait à Nîmes où le Royal-Suédois, sorti des cartons de l’oubli et secouant la poussière du temps, continuerait ainsi à vivre…