dimanche, septembre 17, 2006

BERNADOTTE

lorsqu’on se penche quelque peu sur les biographies de Napoléon et de Bernadotte, on ne peut s’empêcher de constater entre elles une grande analogie. Ces deux destins exceptionnels qu’une étrange fatalité semble s’être ingéniée à rapprocher et à opposer pressentent en effet entre eux bien des ressemblances.

C’est une aventure fabuleuse que vécurent ces deux génies politiques et militaires qui devaient atteindre à la dignité suprême, celle de souverain, alors que rien dans les origines de l’un ou de l’autre ne les destinait à une telle accession.

Certes, le premier, l’un des plus grands héros de tous les temps, a dominé de très haut son époque. Il est entré dans la Légende en même temps que dans l’Histoire et sa carrière fut sans doute plus épique et plus fulgurante que celle du second. Mais alors que l’empire fut sans lendemain, et que sa chute précéda même la mort de son créateur, Bernadotte devenu Charles XIV Jean fonda une dynastie qui règne encore en suède. Cette pérennité, peut-être encore plus que tout le reste, confère à l’existence de l’Enfant du Béarn, sa véritable grandeur.

Jean-Baptiste Jules Bernadotte est né à Pau le 26 janvier 1763, d’un père procureur au sénéchal et de Jeanne de Saint-Jean, dans cette maison de la rue Tran, aujourd’hui aménagée en musée.

En 1780, il décide d’être soldat. Il quitte son emploi de clerc et s’engage dans le Royal Marine. Sergent- Major au début de la Révolution, il obtient son brevet de sous-lieutenant le 9 novembre 1791 après avoir à Marseille, sauvé la vie à son colonel, Monsieur d’Ambert. Il participe aux compagnies de la République. Il commande une demi-brigade, puis, après la bataille de Fleurus, il est nommé général de brigade (29 juin 1794) . On le trouve ensuite au siège de Mayence. Quelques mois plus tard, il arrête les Autrichiens à Creutznach. On note aussi sa présence à Wurtzbourg et à Altenkirchen.

Vers la fin de l’an V, il conduit en Italie un renfort de 20 000 hommes. C’est là que pour la première fois il rencontre Bonaparte. Malgré quelques dissensions qui d’ailleurs finissent par s’aplanir, ce dernier lui confie un commandement à l’avant-garde. C’est pour Bernadotte l’occasion de nouvelles victoires. Il bat plusieurs fois l’Archiduc Charles, notamment lors du passage du Tagliamento et à Palma-Nova. Il s’empare de Trieste le 24 mars 1797.

Bonaparte l’ayant chargé de présenter au Directoire les drapeaux enlevés aux Autrichiens. Il se trouve à Paris au moment du 18 fructidor. Mais il n’en prend aucune part.

En vendémiaire, il est envoyé à Marseille où son esprit de modération parvient à rétablir l’ordre menacé par la Contre-Révolution.
Il assume ensuite divers commandements et divers missions. Nommé Ambassadeur à Vienne, il est désavoué et rappelé par le Directoire à la suite de plusieurs incidents. C’est après son retour qu’il épouse, en août 1998 Désirée Clary, fille d’un négociant à Marseille. Il devient ainsi le beau-frère de Joseph Bonaparte qui, en 1794, avait épousé Julie Clary, sœur de désirée.

Le 3 juillet 1799, Barras l’appelle au ministère de la Guerre où ses talents d’organisateur et d’administrateur lui permettent de résoudre des problèmes difficiles.

A son retour d’Egypte, Bonaparte se brouille avec lui et l’éloigne de Paris en lui donnant le commandement en chef de l’Armée de l’Ouest où le futur Roi de Suède emporte quelques succès. Il le nomme ensuite Gouverneur de la Louisiane et Ambassadeur aux États-unis, mais les circonstances empêchent Bernadotte de rejoindre ces deux postes.

Lors de la proclamation de l’Empire, Napoléon le fait maréchal et le nomme chef de la VIIIe Cohorte de la Légion d’Honneur, puis le 2 février 1805, Grand Aigle de l’ordre.

Bernadotte commande quelque temps l’Armée de Hanovre, il dirige à Austerlitz le 1er corps de la Grande Armée.Pour sa participation importante au succès de la bataille, il reçoit en récompense la Principauté de Ponte-Corvo avec le titre d’Altesse Sérénissime (5 juin 1806).

À l’exception d’un revers à Wagram, qu’il rachète le lendemain, les opérations qui suivent lui permettent d’accomplir de nouveaux exploits. Il est blessé, un première fois, le 4 mars 1807, sur le Passarge, d’une balle dans la tête et une deuxième fois, le 5 juin, à la prise du pont de Spandau. Il doit cependant subir à plusieurs reprises les ressentiments souvent injustifiés de l’Empereur qui lui reproche notamment de n’avoir pas pris part aux batailles d’Iéna, d’Auerstaedt et d’Eylau alors que son inaction est due à l’absence d’ordres ou à l’imprécision des instructions reçues.

C’est alors que ce posa la question de la succession au trône de suède. Le vieux Roi Charles XIII étant resté sans postérité. Le jeune lieutenant Carl Otto Mörner, en mission à Paris, entre, de sa propre initiative, en rapport avec Bernadotte pour lui proposer la couronne. Le Maréchal dont la mésentente avec Napoléon grandit accepte cette offre, avec toutefois le consentement de, l’Empereur. Le 21 août 1810, la Diéte réunit à Oerebro l’élit Prince Royal de suède. Le 5 novembre il arrive à Stockholm en cette qualité et, à la suite de son adoption par Charles XIII dont il devient le suppléant, en qualité d’héritier présomptif de la Couronne. Comme la constitution de sa nouvelle Patrie l’exige, il adopte la Religion Luthérienne. Il adopte en même temps les intérêts du peuple suédois. En 1812 , il signe avec la Russie une convention qui promet à son nouveau pays la possession de la Norvège dont la Couronne, en effet, sera réunie à celle de Suède en 1814.

Désirée, venue rejoindre son mari, accompagné de son fils, le futur Oscar 1er , quelques mois après l’élection , incapable de s’acclimater, retournera seule en France. Ce n’est qu’en 1823 au moment du mariage de son fils avec Josephine de Leuchtenberg, fille d’Eugène de Beauharnais qu’elle se fixera à Stockholm.
aprés la mort de Charles XIII, Bernadotte est proclamé Roi de Suède, sous le nom de Charles XIV Jean. Il est sacré et couronné le 11 mai 1818. Trois mois plus tard, il est sacré Roi de Norvège. Ce n’est qu’en 1823, à son retour de Suède que sa femme sera solennellement couronnée Reine.

Atteint par la maladie au cours de l’hiver 1843, il sera frappé par une attaque de paralysie au début de 1844 et mourra le 8 mars de la même année.

Pendant son règne, Charles XIV Jean s’est entièrement dévoué à la cause de son Royaume au service duquel il a mis ses immenses qualités de politique et d’administrateur. Son gouvernement donna la prospérité à la Suède comme à la Norvège et assura à ces deux pays une longue période de paix. Ce programme orienté vers le bonheur de ses sujets fut dicté au souverain par la belle devise qu’il donna à sa dynastie :

"Que l’amour du Peuple soit ma récompense"

texte écrit en 1963 par David Ojalvo

Conservateur du Musée Bernadotte et du Musée des Beaux-arts de la Ville de Pau